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IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
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Adrien Abhervé : Réduire les emballages inutiles

 

Nelly Olin, ministre de l’écologie et du développement durable, a lancé lundi une campagne pour inciter les Français à réduire leurs déchets ménagers. De 360 kg produits par an et par habitant aujourd’hui, l’objectif est d’arriver à 200 kg dans dix ans. A Landerneau, une association met cette question sur la place publique.

 

Il force le respect, l’admiration, ce grand gaillard brun de 27 ans, tellement son action paraît louable. Savons-nous exactement ce que deviennent les emballages de produits ménagers que nous confions à nos poubelles ? Cette interrogation est pertinente, aussi, pour les déchets (papier, carton, plastique) que nous avons pris la peine de trier afin qu’on les recycle. En novembre 2002, à Landerneau où il réside, Adrien Abhervé prend le parti de lutter contre les « suremballages », les inutiles, les superflus, ceux qui, selon lui, « attirent le regard du chaland pour vendre un contenu parfois plus léger, mais surtout dangereux pour l’environnement ». Le militant fonde avec cinq amis, pas plus âgés que lui, l’association Mais qu’est-ce que tu fabriques ? Il confie d’une voix posée : « De façon volontariste, nous voulions faire de la politique en tant que citoyens, autour de la protection de la nature, entre autres ».

 

C’est dans les Alpes de Haute-Provence, à Volx, où il grandit, qu’Adrien Abhervé fait le constat que cette nature est « mise à mal par la société de consommation ». Arrivé en Bretagne il y a une dizaine d’années, il obtient un baccalauréat scientifique au lycée Saint-Joseph de Landerneau. Après des études à l’IUT de Brest en Génie mécanique, il choisit de se réorienter dans le domaine de l’environnement en suivant une formation en gestion des milieux naturels, au lycée agricole de Kerliver à Hanvec. Adrien Abhervé dénonce « les politiques mises en œuvre qui ne sont pas à la hauteur, et le cynisme, l’inaction, et les comportements égoïstes qui consistent à acheter le moins cher possible, à aller au plus simple, sans songer aux conséquences pour l’environnement ». Le président de l’association cite ainsi l’exemple du crayon papier, et de la tranche de jambon, emballés individuellement pour contenter le client. « On trouve des matières polluantes dans les emballages, explique Adrien Abhervé, du pétrole par exemple pour fabriquer le plastique. Or, à part celui utilisé pour les bouteilles, tous les plastiques ne se recyclent pas ».

 

Alors, à qui la faute ? Aux grandes surfaces, aux industriels, aux consommateurs ? « L’emballage, c’est un peu l’icône du libre-service, déplore Adrien Abhervé. Le consommateur devrait réapprendre à acheter des produits de première nécessité, vendus en vrac, par exemple sur les marchés ». Chez lui, le défenseur de l’environnement avoue acheter son jambon à la coupe, emballé dans du papier, matériau biodégradable, et boire de l’eau du robinet (filtrée, certes) pour limiter sa consommation d’emballages et privilégier la production locale. « Il faut dresser un écobilan, dit-il. Transporter une bouteille d’eau en camion, c’est coûteux en carburant, ça pollue, et si cette bouteille est en verre, c’est encore moins rentable car le verre est plus lourd. Sauf que la bouteille en verre se recyclera à l’infini. Avec une bouteille en plastique usagée, on fabriquera des couettes, des vêtements, des meubles, mais on ne saura pas recycler ces articles par la suite ».

 

Haro sur le tout-jetable

Entre 1960 et 2000, le tonnage des ordures ménagères par habitant a doublé, celui des déchets d’emballages a quadruplé, et celui des déchets plastiques a plus que décuplé ! Chaque année en France, cent milliards d’emballages se transforment en cinq millions de tonnes de déchets. Alors, que dire des produits jetables, appareils photo, rasoirs, stylos... qui inondent les gondoles des magasins, des gadgets souvent fabriqués à moindre coût à l’autre bout du monde, et qu’on nous offre même pour assurer la promotion de telle ou telle société ? Adrien Abhervé qualifie les produits jetables d'«horreurs écologiques, constituées de différents matériaux, trop coûteux à séparer et à recycler. La société de consommation est principalement fondée sur le tout-jetable, pour qu’on achète encore plus rapidement » lance-t-il.

 

Faire germer des comportements en procédant par petites touches, c’est la stratégie de l’association Mais qu’est-ce que tu fabriques ? En août, pendant le festival du bout du monde à Crozon, sa vingtaine de membres a distribué aux fumeurs, des boîtes de pellicules photo faisant office de cendriers de poche, pour leur faire prendre conscience de ne pas jeter les mégots n’importe où. Le 1er octobre, les militants faisaient part de leurs préoccupations aux clients de deux grandes surfaces de Landerneau, dans le cadre d’une journée nationale de mobilisation initiée par le CNIID* (centre national d’information indépendant sur les déchets). « Dégage l’emballage », pouvait-on lire sur une grande banderole, installée au-dessus des stands. Bertrand Abiven, directeur du Centre Leclerc de Landerneau, ne désapprouve pas de telles opérations, en phase avec la politique de la maison : « l’enseigne Leclerc a mis en place les sacs consignés en 1996, explique-t-il, réduisant la consommation de plastique de 30 000 tonnes en huit ans. Par ailleurs depuis 2000, la Marque Repère, de l’enseigne, fait l’objet d’une démarche d’optimisation de l’emballage. Les gains se chiffrent à 350 tonnes par an. Elle contribue aussi financièrement au programme Eco emballages* ».

 

Adrien Abhervé caresse aujourd’hui le rêve de s’installer en agriculture biologique, dans le maraîchage, « pour que cette manière de produire soit mieux soutenue par les pouvoirs publics, les politiques et les citoyens ». Certes, mais au final, le consommateur doit mettre un peu plus la main au porte-monnaie, non ? « Il y gagne aussi pour sa santé, argumente Adrien Abhervé : on ne paie qu’une fois le produit, c’est-à-dire à l’achat, on ne donne pas d’argent pour financer les subventions agricoles, et on n’a pas besoin d’acheter de l’eau en bouteille car l’environnement souffre moins de l’agriculture intensive ». Le militant travaille aussi sur le projet d’ouverture d’un jardin citoyen, avec l’association, une sorte de parcours à thème « pour partager avec les visiteurs notre savoir autour de l’environnement, la récupération de l’eau, le jardinage bio, le recyclage ou les énergies renouvelables » explique-t-il. Très curieux, n’hésitant pas à sortir Quid et dictionnaire pour dissiper le moindre doute, Adrien Abhervé a expérimenté cet art de vivre chez lui : « son jardin, qui avant était un beau carré d’herbe, est aujourd’hui un bien joli potager, souffle Guy-Pierre Milin, son ami depuis les débuts de l’association. Nous avions les mêmes avis en politique, en écologie. Le tracé d’une quatre voies ouvrant une saignée dans le bois du Tourous à Landerneau nous a motivés. Le jardin citoyen, géré par des bénévoles, serait une façon de rendre à la population un peu de la verdure que le bitume a volée ».

 

Adrien Abhervé se dit convaincu que les comportements changeront bientôt, lui qui ne conçoit pas de déplacer une tonne de voiture pour acheter 200 grammes de pain. Et si le message a du mal à passer, le président de l’association sort une arme : le dessin. « c’est un moyen d’expression important pour lui » explique Guy-Pierre Milin.

Christophe Pluchon

 

Contact : http://fabricasso.free.fr, ou 02 98 21 51 62. L’association a son siège 14 rue Amiral Guépratte, 29800 Landerneau. Ses membres se réunissent tous les 2e vendredis du mois à 20 h 30 au 1er étage de la salle municipale de la commune (quai du Léon), excepté pendant les vacances scolaires.

 

* Vous pouvez vous renseigner sur la gestion des emballages auprès du CNIID (www.cniid.org) et d’Eco emballages (www.ecoemballages.fr).

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