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IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
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Brest retrouve sa mémoire de guerre

Certains penseront que, de Brest en guerre, tout a été dit. Ce qui n’est pas si sûr. Libérée par les troupes alliées le 18 septembre 1944, la ville fête aujourd’hui le 60e anniversaire de cette victoire qui la laissa exsangue. Occupée par les troupes allemandes dès 1940, la ville subit, jusqu’à la fin de la guerre, des vagues incessantes de bombardements. Avant que près de 45 jours de siège ne viennent achever le tableau, en rasant plus de la moitié du centre-ville, et en emportant des dizaines de vies civiles et des milliers de soldats alliés ou allemands. Après des dizaines d’années de silence, les « anciens » de cette époque se décidèrent enfin à libérer leurs souvenirs, dès les années 80. Aujourd’hui, tous savent l’importance de continuer à livrer cette « petite histoire » aux générations futures. Pour la mémoire, pour la leçon de vie, mais aussi pour apporter aux Brestois d’aujourd’hui quelques clés pour mieux comprendre l’identité de cette ville miraculée.

Beaucoup l’admettent : dès la fin de la guerre, sans qu’il fut besoin de se concerter, les Brestois s’accordèrent pour ne plus revenir sur les événements qui détruisirent leur ville. " Trop de souffrances, de mauvais souvenirs, nous voulions tous oublier ça ", reconnaît Bernard Holley, ancien secouriste au sein de la Défense passive de Brest. Aujourd’hui, il est pourtant de ceux qui vous ouvrent leur porte, pour vous raconter, inlassablement, les bombes, la peur, l’attente, l’espoir. La prescription ayant fait son œuvre, les Brestois de la guerre commencent à se souvenir, et à ouvrir enfin leurs mémoires aux générations futures.

Aujourd’hui, pour le 60e anniversaire de la libération de la ville, qui eut lieu le 18 septembre 1944, beaucoup sont là, prêts à parler encore, à sortir de leur oubli les souvenirs d’une enfance de guerre et de drames.

Ainsi se souvient-on de ces hommes et de ces femmes qui, au péril de leur vie et de celle de leur famille, s’engagèrent aux côtés des résistants, ou dans la Défense passive. " Quelque part, les jeunes doivent quelque chose à ces gens-là ", estime Paul Carquin, lui-même ancien pompier volontaire au sein de la Défense passive.

Ainsi se rappelle-t-on à nouveau des quelque 400 civils brestois qui périrent dans l’incendie de Sadi Carnot. Mais, sans doute pour la première fois, l’accent est aussi mis sur les victimes de l’autre camp : " Entre 500 et 1 000 Allemands périrent dans ce drame, et quoiqu’on en pense, il ne faut pas l’oublier ", précise Marc Coatanéa, conseiller municipal en charge des associations patriotiques.

Et puis, au-delà de ces souvenirs de sang, d’autres prennent enfin leur place. Ceux d’une petite-fille, Cécile Bramé, qui se vit offrir un biscuit par un soldat allemand : " Aujourd’hui, je sais que cet homme avait peut-être des enfants, chez lui. Et qu’il était heureux de m’en donner un ". L’historien Pierre Le Goïc, rappelle quant à lui une réalité trop souvent écartée des discours : " Les bombardements n’ont sans doute pas vraiment servi les Américains. La Libération s’est faite par une guérilla de rue, qui a fait 10 000 victimes militaires de part et d’autre. "

Enfin, ce 60e anniversaire offre aussi aux Brestois l’opportunité de se saisir des clés qui leur sont aujourd’hui tendues : celles du pourquoi et du comment de la cité qu’ils croient connaître. Reconstruite à la hâte, Brest n’en fut pas pour autant lessivée de son âme. A chaque pierre d’aujourd’hui correspond une volonté d’hier : celle de reconstruire l’avenir. En mieux. A méditer.
Elisabeth Jard




Brest en guerre

- Jusqu’à la veille du siège, la ville sera la cible de 165 bombardements et 480 alertes. Bilan : plus de 500 morts civils et 550 blessés. Mais au total, la Seconde Guerre mondiale fit à Brest 965 morts et 740 blessés graves.

- Durant le siège de 45 jours (du 7 août au 18 septembre, Brest reçut 30 000 bombes et 100 000 obus. 10 000 militaires y laissèrent, de part et d’autre, leur vie.

- A l’issue de la guerre, sur les 16 500 immeubles que comptait initialement la ville, 7 000 furent totalement détruits. En 1944, seuls 200 immeubles étaient encore debout, dont 4 dans le centre-ville.

- Une soixantaine de Brestois furent fusillés, 146 déportés et 373 ont péri dans l’incendie de Sadi Carnot (le nombre des victimes allemandes du drame reste très flou : entre 500 et 1 000 morts).



Bernard Holley

" Un obus venait d’atterrir dans le salon "

"Brestois depuis 80 ans ", Bernard Holley a les yeux de ceux qui connaissent le prix du bonheur. Celui de la vie, tout simplement. Quand les bombes et les obus ont failli vous voler votre jeunesse, chaque jour pendant près de quatre ans, cela forge une personnalité.

" Au début de la guerre, je n’avais que 15 ans. Et je peux vous dire que je vois cette période comme la plus belle de ma vie ", sourit-il.

Pour le jeune photographe amateur, les premières heures de la guerre fournissent effectivement des occasions en or d’emprisonner l’histoire dans son boîtier magique, avant que l’horreur ne commence… " Nous habitions avenue Gambetta, juste au-dessus de la gare… Nous étions aux premières loges ! " Les clichés défilent, en noir et blanc, comme un film passé au ralenti. Celui d’une époque de feu, de drames, de destruction. La passion du jeune Brestois faillit d’ailleurs plus d’une fois lui coûter la vie… " Mon père ne voulait pas descendre aux abris : autant être au-dessus qu’en dessous ! Un jour, lors d’un bombardement, j’étais à la fenêtre avec mon petit frère. Et puis, il y a eu un grand bruit : un obus venait d’atterrir dans le mur du salon ! " Soixante ans plus tard, le petit carnet de notes qu’il gardait dans la poche de sa veste témoigne encore du bout de métal qui aurait pu lui transpercer la poitrine…

Un enchevêtrement de pierres et de ferrailles
A 18 ans, appelé dans la Défense passive, l’adolescent entre brutalement dans l’âge adulte. Secouriste au sein des équipes de la Croix-Rouge, il refuse l’exode : " Dans la Résistance, on avait le choix : quitter Brest, pour prendre les armes, ou rester utile sur place. " De sauvetages en sauvetages, le jeune homme apprend l’horreur de la guerre. Les morts, les corps mutilés… Puis l’attente, dans l’impuissance du débarquement américain. Mais à quelques jours de la Libération, alors qu’il part en mission, le secouriste est touché par une balle perdue. Un projectile qui marque la fin de sa guerre. Ce n’est que quelques jours après la Libération que le jeune homme revient à Brest. Sa première visite sera pour l’abri Sadi Carnot, où tant de ses compagnons d’infortune ont péri : " Les pompiers dégageaient les corps. Un souvenir épouvantable ". Brest n’est alors plus " qu’un enchevêtrement de pierres et de ferrailles où l’on pouvait à peine circuler à pied ".

Mais " quand on a 20 ans, on repart. Pour nous tous, il n’était plus question de parler de tout ça… Nous avions trop souffert. " Appareil photo en bandoulière, Bernard Holley fixera sur ses pellicules le film muet de la reconstruction, puis s’engagera dans la vie municipale et communautaire. A partir de 1983, il est de ceux qui militent pour le mémorial du Fort Montbarey.

La guerre, il n’en parle que rarement, sauf aux plus jeunes. " Une telle expérience vous apprend beaucoup sur le genre humain. Vous découvrez les gens, et savez ensuite qu’ils sont prêts à utiliser tous les moyens pour parvenir à leurs fins… "
E.J.

 


Cécile Bramé

Une petite fille sous les bombes

Parce qu’enfant elle a grandi sous les bombes qui ont rasé Brest, Cécile Bramé reste à jamais marquée par l’horreur de toutes les guerres. Son leitmotiv : " Plus jamais ça ".

Quand une petite fille de dix ans joue sous les bombes, elle grandit ensuite dans la haine la plus absolue de la guerre… Née en 1929 à Recouvrance, Cécile Bramé vit les troupes d’occupation s’emparer de son quartier, de sa ville, sans comprendre… " Mais c’était pour moi une intrusion chez nous, et ça… " Trois années durant, la vie continuera pourtant. A jouer sur les remparts, et courir à l’abri le plus proche à chaque bombardement, à subir des privations " mais nous avions à manger. Simplement, nous manquions de ce que nous aimions. "

C’est à partir de 1943, et de l’ordre d’évacuation des enfants que le cauchemar commence. " J’ai été envoyée en pensionnat, à Pleyben. Nous ne rentrions que pendant les petites vacances… Toute cette période, et toute la guerre, je l’ai vécue avec cette hantise, cette peur atroce : ne plus revoir mes parents. Et penser à ça à chaque bombardement… " Le pire ne se produira pas. Rentrée à l’été 44, la petite fille retrouve les siens, et va vivre avec eux l’immense exode du mois d’août. " Je crois n’avoir jamais autant marché ! Mon père avait entassé les bagages dans une brouette. Et nous sommes partis à pied, avec les autres… Jusqu’à trouver asile à Plouguin. " Une épreuve qui conduira la famille Bramé à dormir sur la paille, un soir ici, un soir là. Et attendre. " Et puis, un jour, un homme est arrivé de Brest, à vélo. Il était blême. Il nous a dit que l’abri Sadi Carnot avait brûlé. Lui avait été sauvé par une cigarette : il était sorti fumer… " La rage et l’impuissance inondent la fillette : " Mon institutrice et tant d’autres y étaient… Aujourd’hui, quand je regarde la plaque en hommage aux victimes, c’est encore une vraie souffrance. Et j’ai toujours cette pensée : plus jamais ça. "

Puis vient la Libération. " Mais personne n’avait le droit d’entrer dans la ville. Mes parents ont emprunté les souterrains, pour récupérer des affaires… Heureusement que nous connaissions les fortifs’ ! Et puis, nous sommes partis. " Brest en ruines ne peut accueillir ses enfants, et l’adolescente s’exile donc près de Lannion pour passer son brevet, tandis que son père participe au déminage.

Le retour, en 1945, sera " mitigé. J’ai ce souvenir, à l’arrivée, d’être partagée entre la joie de retrouver les miens, de retrouver mon quartier… Et le désarroi énorme de trouver cette ville en ruines, démolie. " La vie fera ensuite son œuvre, baladant la jeune femme ici et ailleurs, avant qu’elle ne termine sa carrière de professeur de mathématiques dans la ville de ses racines. Une ville qu’elle aime, comme elle est. Même reconstruite à la hâte : " Brest n’est pas moche ! Elle n’a sans doute pas retrouvé son âme d’antan, mais elle est allée de l’avant, a suivi le progrès. La guerre a voulu tout ça, et nous avons su reconstruire une ville sur ses ruines. On peut en être fiers ! "
E.J.

 

Paul Carquin

" Brest brûlait en permanence "

Son histoire, il l’a contée des milliers de fois. Parce qu’elle fait partie de lui, parce qu’aussi elle ne lui appartient plus. Membre de la Défense passive, il fait partie de ceux qui ont vu Brest tomber, morceau par morceau. Puis se relever pierre par pierre.

Dans les yeux de l’alerte octogénaire, les souvenirs de cette tranche de vie qui conditionna toute son existence se lisent comme dans un livre ouvert. Des souvenirs sombres, bien sûr. Des images de feu, de bombes, de drames. " A chaque clair de lune, les Anglais bombardaient… Et vu l’altitude des avions, les bombes tombaient où elles pouvaient ! " En tant que pompier volontaire, le jeune Brestois passera la guerre dans les rues, courant d’un abri à l’autre pour porter secours aux blessés : " A chaque alerte, il fallait rejoindre son poste, et sortir, même sous les bombes. " Durant toute la guerre, Paul Carquin remplira donc son devoir, en portant secours aux blessés… Et en apportant sa contribution, très vite, aux alliés. Et ce d’autant plus que son statut de pompier volontaire lui vaut un laissez-passer permanent : " J’en profitais bien évidemment pour jouer mon rôle d’agent de liaison dans les FFI ! ", confie l’ancien résistant dans un sourire.

Sadi Carnot : " Un vrai carnage "
Et puis vint le siège… Long, éprouvant, usant. " Jusqu’au 18 septembre, on sortait tous les jours : Brest brûlait en permanence. Il n’y avait pas de nuit, nous étions en permanence plongés dans une lueur rougeâtre. " Les bombardements succèdent aux incendies que les nazis, réfugiés dans la ville, allument dans les édifices encore debout.

Mais le pire reste à venir, avec l’explosion, le 9 septembre, de l’abri Sadi Carnot, où les Allemands avaient entreposé des munitions. A l’autre bout, plus de 300 civils s’étaient entassés pour la nuit. Trente personnes seulement en réchappèrent. " Il y avait une colonne de flammes rue Traverse… La porte de l’abri était conçue contre les dangers venus de l’extérieur… Les gens n’ont pas eu le temps de sortir… Un vrai carnage ", murmure Paul Carquin. Dépêché sur place, le jeune pompier découvrira l’horreur des corps calcinés, et n’oubliera plus jamais. " Cela m’a valu des cauchemars, toute ma vie. "

Plus d’une semaine s’écoulera ensuite avant que Brest ne tombe… Enfin, au matin du 18 septembre, " le bruit qui avait été incessant, durant tout le siège, s’est fait moins assourdissant. Puis, ce fut le silence… Une drôle d’impression ! ". La suite, Paul Carquin la vivra comme tant d’autres Brestois, en retroussant ses manches pour redonner une silhouette à la ville exsangue. Les fameuses baraques brestoises lui offrent un toit.

Avec le temps, les cicatrices se refermèrent. Mais aujourd’hui encore, une flamme brille encore au fond des yeux de l’octogénaire. Une étincelle qui le pousse souvent dans les salles de classe de la ville, pour raconter, encore et encore. " Il faut que les jeunes sachent ce qu’ont vécu les anciennes générations. Parce que quelque part, ils doivent quelque chose à ces gens là ! "
E.J.

 

Sadi Carnot

Sur les traces du drame

Nul ne saura jamais précisément ce qui provoqua, dans la nuit du 9 août 1944, le terrible incendie qui dévasta entièrement l’abri Sadi Carnot. Nul ne saura jamais vraiment non plus le nombre de victimes qui y laissèrent leur vie. Mais l’exposition qui s’y tient les 18 et 19 septembre, ainsi que les témoignages d’anciens auront le mérite de rappeler aux générations d’aujourd’hui ce que fut la vie sous l’occupation.

Construit en 1942, à destination des populations civiles, l’abri Sadi Carnot fut en partie réquisitionné par les occupants. Dans la nuit du drame, sans doute les munitions entreposées du côté allemand de l’abri furent-elles à l’origine de l’incendie. D’une terrible puissance, celui-ci ravagea tout sur son passage. Et rares furent ceux qui en réchappèrent : on dénombre aujourd’hui 373 victimes civiles identifiées, quand les estimations portent à près de 500 le nombre de soldats allemands décédés sur place.

Une occasion unique de repartir sur les traces du passé
Samedi et dimanche, cet immense tunnel creusé à quelque 20 mètres sous terre, et habituellement fermé pour raisons de sécurité, sera ouvert au public, de 10 à 18 h, comme il l’a été les 9 et 11 septembre derniers. Des visites menées par des Brestois témoins du siège ou tout au moins de l’occupation seront organisées au départ de l’entrée du musée des Beaux-Arts. Quelques centaines de mètres plus loin, les visiteurs découvriront deux expositions. La première, mise sur pied par les Amis de Recouvrance, regroupe plusieurs dessins de Max Fauchon, réalisés sur le vif, pendant le siège de la ville. Illustrées par des phrases tirées de son journal intime, prêté par sa fille, les images d’un grand réalisme parviennent à donner une vision plus claire de ce que fut la vie d’alors.

Enfin, côté porte Tourville, une seconde exposition, réalisée par les Archives municipales en collaboration avec l’Université européenne de la paix et les associations de mémoire locale, permet de repartir sur les traces de la vie quotidienne de la population civile durant l’occupation. Défense passive, privations, travail, puis Libération y sont évoqués. Des objets d’époque (carte de ravitaillement, emballages de cigarettes américaines, savons fabriqués pendant la guerre), prêtés par des particuliers achèvent d’illustrer le tout.

Une occasion, assez rare pour ne pas être manquée, de repartir sur les traces de la mémoire locale. Le 19 septembre au soir, l’abri Sadi Carnot refermera ses grilles au public, tandis que l’exposition des Archives reprendra son circuit dans différents équipements (scolaires, maisons de retraite, etc.) de la ville.
E.J.

 

Un DVD inédit

Brest se refait le film de son histoire

Un livre pour le cinquantenaire, un DVD pour le soixantenaire. Le 18 septembre, la ville présente aux Brestois un ouvrage inédit, où les images de Brest avant, pendant et après la guerre aident à mieux appréhender l’identité de la ville d’aujourd’hui.

" Notre but est de laisser une trace de ce soixantième anniversaire. Et par ce DVD, nous voulions aider les Brestois à comprendre pourquoi leur ville est ainsi aujourd’hui ", avance Marc Coatanéa, à la mairie de Brest.

En l’espace de quelques mois, le projet s’est donc monté. Produit par la société d’Olivier Boubeillon, Paris-Brest production, ce DVD de 119 minutes intitulé Brest fête sa libération apparaît en effet comme une réelle innovation en matière de reconstitution historique locale. Car au-delà des images " classiques " de la ville d’avant guerre, de ses ruines ou de sa reconstruction, on y trouve une foule de petits bijoux filmés par des amateurs, et jusque là restés dans l’anonymat.

Réalisé en partenariat avec la Cinémathèque de Bretagne, ce support devrait permettre à toutes les générations de trouver réponse à leurs questions sur l’histoire contemporaine de la ville. En ouverture, le film de 20 minutes de Céline Serrano, Vivre à Brest, marie intelligemment les interviews " d’anciens " et de plus jeunes acteurs de la vie brestoise. Chacun y va de sa vision, de son souvenir, de son ressenti. Le tout est entrecoupé d’images d’archives, qui, au fil du discours, construisent patiemment le portrait robot de la ville.

Des images inédites à ce jour
Mais la démarche va plus loin : des documents d’époque, pour certains à ce jour inédits. On découvre ainsi le film réalisé sur la reconstruction de l’arche latérale du pont de Plougastel, par François-Xavier Mahé, ingénieur du ministère de la Reconstruction, de 1948 à 1949. Autre trésor déniché par la Cinémathèque : les images en noir et blanc de Recouvrance après guerre, filmées par Jean Lazennec. Un joli film teinté d’émotion, où la vie de 1960 ressemble à s’y méprendre à celle d’avant guerre : la laitière qui livre son précieux liquide depuis sa charrette, les habitants qui viennent tirer l’eau à la pompe, les gamins qui s’égayent en culotte courte. Enfin, dernier inédit : un film muet de 12 minutes sur la vie en baraques, reprenant les images de plusieurs cinéastes amateurs. D’autres séquences, plus connues, permettent aussi de procéder à des rappels historiques sur le Brest d’avant guerre, puis de la Libération.

L’ouvrage, tiré à 1 000 exemplaires, sera présenté aux Brestois le 18 septembre à 17 h en mairie centrale, puis le lendemain au musée des Beaux-Arts, où d’autres images inédites de la Cinémathèque devraient également être diffusées dans le cadre de la journée du patrimoine.

Un document particulièrement émouvant pour ceux qui ont connu la guerre, mais aussi pour tous ceux qui, aujourd’hui, entendent aller plus loin dans la connaissance de leur ville.

Le DVD est également disponible dans les points de vente habituels de la ville (19,90 euros).
E.J.

 

Pierre Le Goïc

" Sans doute un siège à l’ancienne aurait-il été plus efficace "

Professeur agrégé d’histoire à Brest, Pierre Le Goïc est docteur en histoire contemporaine. Passionné par cette époque, l’homme a fait sa thèse sur la reconstruction de la ville et continue à publier de nombreux articles sur cette période.

Brest aurait-elle pu échapper à une destruction quasi-totale ?

Il faut bien savoir que ce sont surtout les bombardements qui ont eu lieu pendant le siège qui ont fait d’énormes dégâts. Or, il n’est pas certain que la stratégie de ce bombardement aérien ait été la meilleure. Les civils avaient été évacués, et il ne restait plus qu’environ 2 000 personnes. Dans son rapport d’après guerre, le major-général américain Troy H. Middleton dresse un bilan mitigé de cette stratégie. Notamment parce que la destruction des immeubles a surtout entravé l’avancée américaine dans la ville, et détruit des installations portuaires qui auraient pu être réutilisées. Autre élément : la grande majorité des Allemands étaient bien à l’abri des bombardements, dans des bunkers… Bombarder ainsi la ville, en tant que cible, était donc peut-être une erreur de jugement : cela n’a servi à rien puisque l’essentiel des combats étaient des combats de rue. Et sans doute un siège à l’ancienne aurait-il été plus efficace…

En quoi le retour rapide des Brestois dans leur ville est-il important pour la suite de l’histoire ?

Ce retour était inévitable : les gens évacués en août n’avaient pas de points de chute ailleurs qu’à Brest et sont donc revenus très vite, à la surprise générale. Il a donc fallu construire à la hâte, ouvrir des écoles, et loger les gens. C’est là qu’arrivent les baraques " interclassistes " : toutes les catégories sociales se retrouvent en un même lieu. Pour les plus modestes, c’est un paradis : ils ne paient pas de loyer, découvrent la maison avec jardin… C’est de là que naît l’engouement pour la maison individuelle, qui donnera ensuite lieu aux lotissements de maisons en périphérie de la ville.

Mais le centre ?

Mathon, l’architecte en charge de la reconstruction, était tout sauf autoritaire : les propriétaires aisés, qui possédaient des parcelles en centre-ville, ont pu obtenir à peu près ce qu’ils voulaient, et on le voit bien aujourd’hui, avec des différences architecturales énor-mes d’un immeuble à l’autre. Quant aux plus modestes, on les a relogés dans des immeubles plus haut, du côté de place de Strasbourg. A l’époque, c’était la campagne ! Cela a créé un sentiment de discrimination qui a brisé l’unité de l’après guerre. L’élan des premières années de la reconstruction a été cassé, et l’image de la ville en a pâti.

60 ans après, qu’en est-il ?

Vers les années soixante-dix, la réappropriation du centre a démarré, sous l’impulsion notamment de l’Adeupa (agence de développement et d’urbanisme du pays de Brest) et de l’institut de géoarchitecture. Ce mouvement s’est traduit, sur le temps, par la recomposition de la place de la Liberté, la colorisation des façades, puis la création d’une ZPPAUP (Zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysagé). Nous sommes maintenant dans une logique de vraie réhabilitation.
E.J.

 


Une collection d’archives inédites retrouvée en Angleterre
Le hasard fait parfois bien les choses. Sans Brest 2004, une collection de photos de la cité du Ponant, prises par un gentleman anglais, se serait sans doute perdue dans l’oubli.

En cette année de l’Entente cordiale, on ne pouvait trouver meilleur symbole… Récemment interpellée par une affiche de Brest 2004, placardée par des marins anglais dans sa ville, Gloria Forster a rapidement fait le lien. Son époux, aujourd’hui décédé, lui avait parlé d’un séjour à Brest... L’homme, peintre et photographe, faisait alors partie des photographes de guerre accrédités par Sa Majesté, pour rendre compte de l’horreur du conflit.

Le temps passant, les clichés et peintures réalisés par Michael Forster sur la ville en ruines furent remisés au fin fond d’un placard. Jusqu’à ces dernières semaines. Ces trésors en main, Gloria Forster fait alors tout pour se mettre en contact avec les interlocuteurs ad hoc, à Brest. " Quand j’ai retrouvé ces photos, cela m’a beaucoup touchée. Je ne me suis jamais beaucoup intéressée à cette période, mais voir cette ville entièrement détruite… Je crois que ces clichés peuvent aider les Brestois à réaliser à quel point leurs grands-parents ont souffert ", confie-t-elle aujourd’hui.

Des dizaines de photos et dessins
Contactés par l’entremise de l’office du tourisme de Penwith, les organisateurs de Brest 2004 n’eurent hélas ni le temps ni les moyens techniques de mettre en place une exposition. Mais ce n’est sans doute que partie remise pour la ville. Ces dizaines de photos de la cité en ruines constituent assurément une vraie découverte historique pour les Brestois. " Quand vous essayez de survivre, vous ne prenez pas de photos. Mais de par son métier, mon mari en a pris ! Et même s’il ne m’a pas beaucoup parlé de cette période, il m’a tout de même confié à quel point la situation était difficile. Il ne pouvait rien toucher… Tout pouvait être miné ", rapporte Gloria.

Pour l’heure, la mémoire de Brest sommeille encore de l’autre côté de la Manche. Mais Gloria Forster entend bien ne plus la laisser sombrer dans l’oubli : " Je serais très heureuse que ces photos soient vues par les gens de Brest ". Dans le journal local britannique qui, récemment, relatait son histoire, l’on pouvait lire que la respectable lady espérait avoir un jour des nouvelles des Brestois, " afin de savoir s’ils seraient intéressés d’acquérir une collection d’archives uniques et inédites, pour la postérité de leur cité ".
E.J.

 

Brest, ces jours-là

Les petites histoires de l’Histoire
Du 24 au 26 septembre, le drame de Brest, ces jours-là se rejouera sur les planches du Stella. Une plongée artistique dans le traumatisme de toutes les guerres.

Donner à voir ce que les " petites gens " de Brest vécurent pendant le siège, puis au moment de la reconstruction : telle est l’ambition de Brest, ces jours-là, pièce d’Alain Le Guen Dutemple. Déjà mise en scène à Brest, il y a trois ans, cette création a cette fois fait l’objet d’une réécriture menée par l’auteur et François Gasnier, le réalisateur. Jouée au Stella les 24, 25 et 26 septembre, la pièce se veut un miroir de ce passé oublié, celui des gens du quotidien, celui de ceux qui ne firent pas partie des héros. L’intrigue " un peu comme une pièce policière ", mêle les époques, effectuant un va-et- vient entre le siège et la reconstruction. Un savant mélange des temps destiné à mieux mettre en lumière le pourquoi des agissements des uns et des autres.

Servie par les comédiens de la compagnie Ces jours-là, la pièce conduira donc les spectateurs dans les entrailles d’une ville mourante, puis à reconstruire. Une ville nommée Brest, mais qui pourrait aussi bien être Kaboul, ou Bagdad : " Entre le drame de la destruction, le problème de la reconstruction et la petite histoire des gens, il s’agit de montrer comment ces hommes et ces femmes parviennent à s’extirper de ce traumatisme auquel ils n’étaient pas préparés ", note François Gasnier. Un message universel, valable pour toutes les générations.
E.J.


 

Marc Coatanéa

" Laisser une trace de cet anniversaire dans la ville "

Conseiller municipal en charge des associations patriotiques, Marc Coatanéa pilote depuis de nombreux mois la mise en place de ce soixantième anniversaire.

Comment la municipalité a-t-elle construit le scénario de ce soixantième anniversaire ?

Marc Coatanéa : Depuis janvier dernier, nous avons multiplié les rencontres avec les principales associations patriotiques et de mémoire locale afin de les associer au projet. Mais nous nous sommes aussi associés avec la Marine nationale, l’Inspection d’académie, la sous-préfecture… Nous voulions ainsi parvenir à un accord du plus grand nombre. Il en est ressorti le programme articulé autour de ces trois journées des 9, 17 et 18, qui sont d’autant plus importantes qu’elles correspondent cette fois aux dates réelles des faits.

Après les festivités du cinquantenaire, comment renouveler le programme, et y intéresser le plus grand nombre ?

Concernant les cérémonies, elles restent de toute façon les mêmes d’une année sur l’autre. Pour le reste, nous avons souhaité travailler de façon à ce qu’il reste une trace de cet anniversaire dans la ville, ce qui a donné lieu aux inaugurations de ronds-points et de rues aux noms de grands résistants, choisis avec les associations. Le but était aussi de ne pas refaire ce qui a déjà été fait : d’où le choix de la réalisation d’un DVD destiné à compléter tout ce qui jusqu’ici a déjà été dit ou écrit.

Et c’est là tout le sens de notre démarche, puisque le film porte notamment sur la reconstruction : il s’agit de donner les moyens à ceux qui vivent aujourd’hui à Brest de comprendre pourquoi la ville apparaît ainsi aujourd’hui

Vous avez également tenu à associer à ces festivités des enfants des écoles de la ville. Dans quel but ?

Leur implication était effectivement très importante pour nous, et l’Inspection d’académie nous a beaucoup aidés en ce sens. Au-delà de l’aspect symbolique de la chose, je pense que les enfants qui seront présents aux côtés des anciens combattants, pour chanter le Chant des partisans, ne pourront que se questionner sur leur présence ce jour-là, dans ces circonstances. Cette participation illustre d’ailleurs le travail fait dans l’ombre de chaque classe, par les enseignants. C’est une façon de passer le relais, d’accomplir notre devoir de mémoire.
E.J.

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