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IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
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Douarnenez mise sur la diversification
Face à la chute du tonnage sous criée, Douarnenez tente de s’imposer comme un port de débarquement pour les bateaux étrangers et immatriculés dans les autres ports cornouaillais. L’enjeu est de taille dans cette ville où la pêche et la conserverie restent des pôles d’emploi majeurs.

Le Damafram vient à peine d’accoster que José Salaün se précipite sur les quais pour accueillir le patron et les hommes d’équipage. Après quelques minutes, il revient satisfait et annonce aux quelques mareyeurs présents que le bateau franco-basque laissera 1,5 tonne de poissons sous la criée. Le reste de sa pêche sera acheminé, par la route, dans le pays basque. " C’est la première fois que ce bateau de l’armement Pronaval débarque ici. Espérons qu’il sera satisfait des services rendus et qu’il reviendra ", confie le chef de la criée. Depuis quatre ans, les acteurs du port de pêche et les élus se démènent pour attirer dans la Baie de Douarnenez des bateaux étrangers ou immatriculés dans d’autres ports français. " C’est l’option choisie pour faire face à la chute de la vente sous criée et pour maintenir une réelle activité sur le port. Pour l’instant, c’est plutôt concluant ", estime Pascal Boccou, président de la commission municipale " pêche ".

La chute des tonnages a commencé avec la cessation d’activité de l’Armement coopératif finistérien (10 navires de 38 m), au début des années 90. Les autres navires hauturiers ont peu à peu quitté le port douarneniste. Le nombre de bateaux côtiers a aussi sérieusement diminué. " La baisse des quantités débarquées a entraîné la baisse des prix et contraint les mareyeurs à acheter ailleurs… Et l’activité du port a ralenti ", résume Pascal Boccou, par ailleurs membre de l’Organisation des pêcheries de l’Ouest Bretagne. Pour enrayer ce déclin, professionnels et responsables politiques ont remobilisé le Conseil général, dont dépend le port, et la Chambre de commerce et d’industrie de Quimper qui en a la gestion. Ces contacts se sont alors traduits par l’arrivée de Jacky Ollivier (qui était également directeur de la criée du Guilvinec) à la tête du port, l’informatisation de la criée, la poursuite de travaux, le rapprochement avec les autres ports cornouaillais…

Remorqueur et slipway
Parallèlement, des contacts ont été établis avec des ports étrangers. Notamment celui de Celeiro, en Espagne. Résultat : le port douarneniste enregistre une soixantaine de débarquements de bateaux galiciens par an, depuis 2001. La pêche va directement en Espagne où elle est vendue. L’année passée, des bateaux irlandais ont aussi fait halte à Douarnenez. " Enfin, sept bateaux de Furic et quatre de Dhellemmes débarquent ici mais vendent au Guilvinec essentiellement ", poursuit José Salaün. Ces bateaux génèrent toute une activité : dockers, avitaillement, réparations diverses… et sont soumis au paiement d’une taxe assise sur la valeur. " Nous avons réellement une carte à jouer en matière de débarquement. Le port a de nombreux atouts, à commencer par sa situation géographique et son accessibilité quelle que soit la marée ", souligne Bruno Claquin, président du Comité local des pêches.

En termes d’infrastructures, le port présente aussi des points forts : 740 m de quais de stationnement, 500 m de quais de débarquement, un slipway pour des bateaux de 420 tonnes, 47 m de long et 9 m de large, un remorqueur, six grues… " L’année prochaine, la CCI entreprend de nouveaux investissements : achat d’un chariot élévateur, rénovation des armoires électriques et du réseau de distribution d’eau douce, mise aux normes du slipway et surtout réfection du 3e hall et du bâtiment administratif ", détaille José Salaün. Par ailleurs, la zone portuaire compte douze entreprises de mareyage, des entrepôts frigorifiques, des chantiers de réparation navale, des entreprises de mécanique, de froid, d’électricité, les Affaires maritimes, une coopérative maritime… " Au total, cela représente 250 emplois. Auxquels, on rajoute les marins embarqués sur 10 hauturiers et 24 côtiers ", compte le chef de la criée. Ces équipements et services profitent aussi aux conserveries et surtout à l’entreprise Makfroid. Cette dernière a fait venir (par cargos) plus de 15 000 tonnes de poisson bleu l’année dernière. Elle le prépare et le vend ensuite à des conserveries, dont celles de Douarnenez. Makfroid réexpédie aussi du poisson par cargos.

Au total, les débarquements hors-criée s’élevaient à 20 700 t en 2003, contre 20 200 t en 2002, 17 500 t en 2001… Une progression constante " mais qui peut s’arrêter assez brusquement. Nous faisons tout pour attirer les bateaux mais nous n’avons aucune prise sur la logique des groupes, des armements ", souligne avec amertume Pascal Boccou. Le tonnage sous criée a, quant à lui, un peu progressé pour s’établir à 4 000 tonnes (2,2 millions d’euros en valeur) l’année dernière (essentiellement du poisson bleu). " Pour la première fois depuis quelques années, nous retrouvons un budget équilibré, confie soulagé Pascal Boccou. Mais il faut continuer à se battre pour maintenir une activité sur le port. Il ne faut fermer aucune porte. " Ainsi, le port souhaiterait développer le cabotage. Il offre en effet un accès très pratique pour les trafics d’embarquement et de débarquement de marchandises. Autre piste envisagée : l’accueil de paquebots.
Adèle Morlet


Une histoire riche et omniprésente

Les bateaux qui envahissent le port de Douarnenez vont sans aucun doute rappeler aux plus anciens de nombreux souvenirs. Quand le port abritait des centaines de sardiniers et quelques dizaines de conserveries, au début du siècle dernier. Les deux premières " confiseries de sardines " ont été créées en 1853 à Tréboul. Très vite, d’autres établissements sont construits de part et d’autre du port Rhu. Douarnenez en comptera jusqu’à 32. Ces conserveries sont alimentées en poissons bleus par des centaines de sardiniers qui pêchent dans la Baie. Lorsqu’au début du siècle dernier, les sardines viennent à manquer, quelques Douarnenistes quittent les côtes du Finistère pour celles de la Mauritanie. De cette lointaine contrée, ils ramènent de la langouste et sont alors appelés les Mauritaniens. L’histoire maritime de la ville est aussi marquée par de très violents conflits : entre les bolincheurs des ports bigoudens et les sardiniers douarnenistes, entre les petites mains des conserveries et leurs patrons qui veulent introduire " le progrès "…



La conserverie la plus vieille du monde
Depuis 151 ans, Chancerelle s’adapte aux besoins du marché et défend son indépendance.

La conserverie Wenceslas Chancerelle a vu le jour en 1853, peu de temps après la découverte de l’appertisation par le confiseur nantais Nicolas Appert. Ce sera d’ailleurs la première " friture " douarneniste à abandonner les anciennes presses pour développer l’innovant procédé de conservation. A l’époque, comme aujourd’hui, le produit vedette de la conserverie c’est la sardine. Un poisson qui est toujours travaillé à l’ancienne. Les sardinières l’étêtent à la main, le rangent soigneusement dans la boîte, y versent un léger filet d’huile… C’est tout le savoir-faire de la conserverie.

Le maquereau est à peu près travaillé de la même façon. Lorsqu’il s’agit de le préparer aux aromates, les ouvrières coupent les carottes, le citron, les oignons à la main avant de déposer les rondelles sur le poisson préalablement cuit au court-bouillon… Un travail à l’ancienne qui fait la réputation de la marque Connétable et qui a permis à la conserverie d’être leader sur le marché de la sardine et la troisième entreprise française indépendante dans le domaine de la conserverie de poisson.

Actuellement l’usine emploie, à Douarnenez, 325 salariés (dont 85 % de femmes). Elle produit 12 000 tonnes poissons équivalant à 61 millions de boîtes (dont 89 % concernent la sardine, le thon et le maquereau) pour un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros (5 % à l’export : Espagne, Grande-Bretagne, Hollande, Japon, Allemagne). La sardine représentant 30 % des ventes, le thon blanc 22 %, l’albacore 14 %, le maquereau 12 %, les filets de sardines (de plus en plus tendance) 11 % et les autres produits (saumons, harengs, sprats, anchois, coquillages, crabes, foies de morue fumé…) 11 % également. Des produits qu’on trouve en grande et moyenne surface et dans les magasins spécialisés pour la sardine bio, sans sel, millésimée…

Produit de haute qualité
Cent cinquante ans d’activité sans passer dans les mains d’un groupe, c’est plutôt rare et à Douarnenez seule la conserverie Chancerelle peut se targuer d’être totalement indépendante. Les éclipses de la sardine, les guerres, la concurrence accrue au plan national, européen et même mondial, le passage obligé de la grande distribution n’ont pas réussi à faire chuter l’entreprise, toujours familiale. Un secret de longévité qui doit tout à la devise de Robert Chancerelle : " Ne jamais croire que c’est acquis, rien n’est définitif. Il faut cultiver le doute, le doute et encore le doute ". S’adapter, trouver l’équilibre entre la tradition, qui fait la réputation de la marque Connétable, et la modernité indispensable pour se maintenir sur le marché.

Son positionnement, Chancerelle l’assure en fabriquant des produits de haute qualité et des recettes adaptées aux attentes des consommateurs. Face aux délocalisations dans les pays à faible coût de main-d’œuvre, à la constitution de grands groupes, aux accords mondiaux du commerce qui menacent d’étendre l’appellation " sardine " à des espèces qui n’en sont pas, la conserverie a dû renforcer son image par des campagnes de pub, agrandir son usine et diversifier son activité. Dans cet esprit, elle a acquis en janvier 2003 la société Pointe de Penmarc’h et s’est lancée il y a peu dans la fabrication de salades composées.
Françoise Join



Des Ets Hyacinthe Parmentier à Petit Navire
Propriété du groupe Heinz, Petit navire produit ses salades, mousses et rillettes à Douarnenez. Le reste de la gamme est fabriqué au Maroc, au Ghana…

En 1883, vingt ans après l’arrivée de la famille Chancerelle, Hyacinthe Parmentier ouvre une conserverie moderne à Douarnenez. Usine qui sera rachetée, bien des années plus tard par la famille Paulet. C’est elle qui installera, en 1964, la conserverie sur la zone de Pouldavid, à l’écart du centre-ville. Aujourd’hui, l’établissement appartient au groupe Heinz et travaille sous la marque Petit Navire. Essentiellement des salades préparées (marocaine, bretonne, mexicaine…) et des spécialités de thon cuit : mousses, rillettes, miettes. Des produits élaborés uniquement commercialisés sous la marque Petit Navire et fabriqués à Douarnenez. Ce qui n’est plus le cas du thon et du maquereau pêchés aux Seychelles ou au Ghana et conditionnés dans les usines du groupe au Maroc, au Portugal, au Ghana, bien loin de Douarnenez.

La conserverie emploie aujourd’hui 390 personnes, auxquelles peuvent s’ajouter (comme dans les autres conserveries) des intérimaires. Mais la saisonnalité du travail n’est plus aussi appuyée que par le passé. A l’année, l’usine traite en moyenne 4 000 tonnes de poisson, avec parfois des pics à 130 tonnes par jour. Reste des incertitudes sur l’activité de l’usine qui pourrait très bien diminuer sur décision du groupe. Il a été question, un moment de délocaliser le centre de distribution à Moncontour, décision pour l’instant en suspend. Si la destinée de l’usine n’est plus douarneniste, le groupe est tout de même attaché à la ville. Un attachement qui passe par le sponsoring de grandes manifestations nautiques comme le Grand prix Petit Navire (Dragon, planches, kitesurf…) ou du Défi Petit Navire qui aura lieu fin août. Ou encore en finançant la reconstruction, à l’identique, d’un langoustier douarneniste.
F.J.


Monique Prévost, maire

" Il faut continuer à se battre "
Les Douarnenistes, qu’ils soient pêcheurs, mareyeurs ou simples citoyens, parlent avec nostalgie de la pêche dans les années 60, 70.

Monique Prévost. La population est effectivement très attachée à ce secteur d’activité et ceci depuis des années, des siècles même. Des cuves datant de l’époque gallo-romaine ont effet été retrouvées aux Plomarc’h. Elles servaient à fabriquer du garum, une sauce proche du nuoc-mâm produite par macération de maquereaux, de sprats… A l’époque contemporaine, la pêche à la sardine et les conserveries ont profondément marqué la ville et attiré de nombreux paysans des alentours. Au début du XXe siècle, Douarnenez avait l’une des densités de population les plus importantes d’Europe. Sa renommée était bien assise. Et puis, il y a eu la grande époque de la pêche à la langouste en Mauritanie.

Malgré tout, la ville a connu des périodes de disette, des conflits très sérieux. Mais le port de Douarnenez s’est toujours relevé. C’est de nouveau le cas aujourd’hui ?

Douarnenez est la première ville de Cornouaille à avoir subi de plein fouet la crise de la pêche. Certains, ici, ont été tentés de tourner définitivement la page de la pêche et d’imaginer d’autres activités. Nous, nous croyons dans la pêche et nous nous sommes battus pour garder le port en l’état et pour améliorer ses équipements. La diversification est une bonne solution. Mais, il faut continuer à se battre, à soutenir la pêche et toute la filière. Je tiens notamment à rappeler que les trois conserveries sont les trois premiers employeurs privés de la ville. Par ailleurs, Douarnenez est le troisième pôle industriel du Finistère.

La cité a aussi valorisé son littoral sur le plan des loisirs, du tourisme…

Nous avons l’une des plus anciennes écoles de voile du département. Tous les enfants de CM1 et CM2 de Douarnenez profitent de cet équipement une demi-journée par semaine. Douarnenez organise aussi de nombreuses régates dont le Grand prix petit navire. Enfin, nous avons des sportifs de niveau international comme Gildas Philippe qui va participer aux jeux olympiques en 470 avec le Brestois Nicolas Le Berre. Et, il ne faut pas oublier le Port Rhu qui est un outil touristique majeur. Après les difficultés des dernières années, nous repartons avec une nouvelle équipe et un projet plus modeste. La nouvelle aile du musée sera axée sur la conserve et la vie des femmes. Nous espérons ainsi accueillir un public plus large.
A.M.



André Moalic s’est résigné
Le marin de Tréboul se souvient avec nostalgie des années 60 et 70. Il croît pourtant dans l’avenir de la pêche à Douarnenez.

Comme nombre de ses collègues, André Moalic a appris le métier aux côtés de son père. " Et ce dernier a été initié par mon grand-père. Cela fait des générations que nous vivons de la mer. Mais si les gestes ont peu changé, les conditions de travail sont, elles, bien différentes ", confie le pêcheur côtier de Tréboul. Avec nostalgie, il se rappelle de ses premières années de pêche à la fin des années 60. Le poisson était alors abondant, " il était possible de remonter jusqu’à 500 kg de maquereaux par jour. Désormais, il a presque déserté la Baie de Douarnenez. " Bien d’autres espèces ont également disparu des côtes finistériennes. " La faute aux grands chalutiers qui ratissent le fond des océans et au non-respect des périodes de reproduction des poissons… ", gronde André Moalic qui est par ailleurs vice-président du Comité local des pêches.

Bon prix
En 1974, André Moalic et son frère José achètent leur premier bateau – le Vasco de Gama – à un pêcheur d’Audierne. Ils alternent alors la palangre l’été (bar, raie, grondin, maquereau…) et les filets l’hiver (merlan, lieu…). Cinq ans plus tard, ils font construire le Magellan à Etel. A cette époque, les ports de Tréboul et Douarnenez comptent une quarantaine de petits côtiers et plus d’une douzaine de grands chalutiers. " Nous mettions en vente sous la criée lorsque les chalutiers débarquaient, les lundis et mercredis. Comme il y avait beaucoup d’apports, les mareyeurs étaient nombreux et les prix étaient bons ", se souvient André Moalic. Le départ des chalutiers de la Scad a complètement changé la donne. Le nombre de bateaux a considérablement baissé et la criée n’accueille plus guère que les pêcheurs de poissons bleus.

André et José Moalic vendent, quant à eux, à Audierne " où le mareyage est plus important. Par exemple, on est sûrs de vendre à bon prix notre bar, là-bas. Mais on vient de temps à autre à la criée de Douarnenez. " Enfin, les deux frères vendent sur le marché de Tréboul. Surtout du bar depuis quelques jours. " Nous alternons selon la saison et la ressource disponible. Mais quoi qu’il en soit, on va toujours en mer avec le même plaisir ", affirme André Moalic. Il ne se résout d’ailleurs pas à prendre sa retraite bien qu’il ait 55 ans. " Dans deux ans, on verra ", soupire-t-il. Il est, en revanche, certain d’une chose : son bateau sera vendu sans peine. " Jamais, un jeune n’aurait acheté un bateau de 25 ans à mon époque. Aujourd’hui, les jeunes n’ont plus le choix : ils achètent des bateaux plus vieux qu’eux car ils n’ont pas le droit d’en construire des neufs… "
A.M.



Henri-Noël Le Mao réclame la mise en réseau
Comme tous les mareyeurs douarnenistes, Henri-Noël Le Mao achète les trois-quarts de son poisson dans les autres ports sud-bretons.

Ils sont installés à deux pas de la criée de Douarnenez mais achètent la majeure partie de leurs poissons au Guilvinec, à Saint-Guénolé, à Concarneau ou encore à Lorient. " C’est vrai que notre métier a bien changé depuis les années 70. A cette époque, nous achetions une très grande partie de notre marchandise ici. Désormais, les quantités qui passent sous la criée sont vraiment insuffisantes. Alors, on achète ailleurs ", témoigne Henri-Noël Le Mao, président de l’Association des acheteurs du port de Douarnenez qui compte une douzaine d’établissements contre 30 dans les années 70. L’entreprise Le Mao achète dans les ports bigoudens, à Concarneau, à Audierne, à Lorient et à Roscoff. Seuls 15 % des 700 tonnes achetées l’année dernière l’ont été sous la criée de Douarnenez.

La société de mareyage travaille tous les poissons : sardines, maquereaux, saint-pierre, lottes, merlans, grenadiers, ânons… Ils sont préparés, emballés et vendus à des grandes surfaces de la France entière. " Avant, nous vendions aussi aux poissonniers. Mais leur nombre se réduit comme une peau de chagrin… " A cette activité de mareyage, s’ajoute une activité de négoce : du poisson est acheté et aussitôt revendu à des usines de congélation, des entreprises de transformation, d’autres mareyeurs… Au total, l’entreprise Le Mao emploie une douzaine de personnes, " contre 26 personnes au début des années 80 ", glisse le patron.

Black-fish
Pour faciliter leurs achats dans les autres ports cornouaillais, les mareyeurs douarnenistes aimeraient mettre en réseau leurs criées. De cette façon, ils pourraient acheter " à domicile ", sans envoyer leurs acheteurs dans les autres criées. Les Concarnois sont plutôt favorables à cette idée. En revanche, les Bigoudens sont réticents. " Ils craignent que les cours augmentent, que des mareyeurs ou des grandes surfaces d’autres départements ou régions profitent de ce système, avance Henri-Noël Le Mao. Il est vrai qu’il faudra encadrer sérieusement cette mise en liaison si elle se concrétise. Elle doit se limiter aux mareyeurs cornouaillais. " Le projet est pour l’instant au point mort.

Henri-Noël Le Mao a un autre cheval de bataille : le passage systématique sous criée dans toute l’Union européenne. " Le black-fish qui consiste à vendre en dehors des criées, perturbe tout le marché, fausse les cours et permet de contourner les quotas. Il faut que l’Europe impose un système unique et rigoureux à tous, s’emporte le mareyeur. Mais, je pense qu’on va y arriver. " D’ici là, Henri Le Mao aura sans doute pris sa retraite et passé la main à son beau-fils, Claude Le Cuziat. " Mes collègues m’envient de transmettre ainsi mon entreprise. La plupart d’entre eux ont entre 50 et 60 ans et craignent de fermer boutique quand ils prendront leur retraite. Les candidats à la reprise sont de plus en plus rares… "
A.M.


Un projet de centre de formation maritime ambitieux

L’an dernier, l’école de pêche était vouée à la fermeture. Une situation inacceptable pour la municipalité et l’école de pêche qui se sont battues pour que les cours de PCMM (Permis de conduire les moteurs marins), de PPN-capacitaire, de mécanicien 750 kWh et de CIN (Certificat d’initiation nautique) soient assurés pour l’année 2003/2004. Une année scolaire qui a permis à la municipalité de travailler sur le projet d’un espace de formation élargi à d’autres spécialités du monde maritime.

La ville va donc réaliser d’importants travaux de rénovation à l’école. Il va falloir adapter les salles de cours et les bureaux, les rénover pour que les stagiaires et les formateurs puissent y trouver des conditions de travail conformes aux critères de technicité et de confort. Ces travaux, d’un montant prévisionnel de 325 000 e seront subventionnés à 50 % par la Région, à 20 % par le Département et à 10 % par l’Etat.

Dès le mois de septembre, une trentaine de stagiaires en charpente navale et en voilerie de la Fédération régionale de culture maritime s’installeront dans les locaux. Début 2005, ce sera au tour des formations pêche de faire leur entrée à l’école avec un projet de CIP (Certificat d’initiation à la pêche) en alternance avec cours et embarquements. Un projet mené en lien avec le Centre européen de formation continue maritime. La ville et le Comité local des pêches travaillent également avec la Région pour que d’autres formations pêche puissent s’y tenir courant 2005. Ce projet de centre de formation polyvalent intéresse d’autres partenaires comme le Greta, l’Afpa, la Maison familiale de Poullan-sur-Mer…
F.J.



La Cobreco conjugue tradition et modernité
La Compagnie bretonne de la coquille est l’une des trois dernières conserveries douarnenistes. Sa spécialité : le thon au naturel tranché.

Le mouvement de concentration des conserveries a donné naissance en 1986 à la Cobreco, la Compagnie bretonne de la coquille Saint-Jacques qui est la fusion de trois entreprises : Jacq (créée en 1897), Gourlaouen et Sénéchal. En 1988, la Cobreco produit ses premières boîtes de conserve de coquilles Saint-Jacques sur la zone industrielle de Lannugat. Très rapidement, elle fabrique également des conserves de thon, " pour nous distinguer de nos concurrents très nombreux, nous avons opté pour le thon en tranches. Il s’agit d’un produit haut de gamme ", précise Francis Moreau, Pdg de la Cobreco. Autre particularité de l’entreprise douarneniste : elle est l’une des dernières à produire du thon au naturel en France. " Toutes les autres entreprises se sont délocalisées sur les lieux de pêche du thon albacore, c’est-à-dire le long des côtes du Pacifique, de l’Océan indien…", explique Christian Bouiller, directeur commercial.

Conserves en plastique
La Cobreco fait, quant à elle, venir des cargos de thon albacore congelé (plus de 9 000 tonnes l’année dernière) dans le port de Douarnenez. Ce thon est préparé au naturel ou à l’huile. L’entreprise fabrique aussi des conserves de thon germon, " il s’agit d’un thon à chair blanche plus petit et plus gras qui migre des Açores vers l’Irlande pendant l’été ", décrit Christian Bouiller. Acheté frais essentiellement dans les ports cornouaillais et notamment à Douarnenez, ce thon est ensuite rapidement mis en boîte. Les noix de Saint-Jacques sont, quant à elles, travaillées tout au long de l’année. Elles arrivent congelées de toutes les eaux du globe. La Cobreco a élargi sa gamme à des salades de saumon, à des rillettes de poissons (thon, saumon et maquereau) et à des beurres de crustacés (langouste, anchois, homard, homard et crabe).

Tous ces produits sont vendus sous les marques Arok, Jacq et Perles du Faou dans les grandes surfaces françaises. Depuis un an, le consommateur les trouve tout à la fois en boîtes métalliques et en boîtes plastiques. " C’est une petite révolution dans le monde de la conserve qui n’a pas changé de contenant depuis 1820 ", indique le directeur commercial. Ces nouvelles boîtes sont tout à la fois plus faciles à ouvrir et à démouler et elles sont micro-ondables. Par ailleurs, la Cobreco fabrique aussi des conserves sous marques distributeurs. " Toutes ces activités nous permettent de limiter la saisonnalité et d’employer en moyenne 150 salariés, souligne Francis Moreau. Ce qui fait de nous l’un des employeurs privés les plus importants de la ville. "
A.M.



Des truites élevées sous la mer
Depuis quatorze ans, Marine espace élève des truites de mer dans la baie. Elles sont ensuite vendues fumées ou entières.

L’activité de Marine espace diminue singulièrement pendant l’été. La hausse de la température de l’eau de mer contraint en effet à cesser l’élevage de truites dans la Baie de Douarnenez. " Au mois de juin, on abat toutes les truites. On ne recommence à remplir les cages qu’au mois d’octobre ", raconte Jean-Louis Lambel, associé de Gérard Le Gouallec qui a créé Marine espace en 1990. Avant de rejoindre la baie douarneniste, les truites sont élevées dans l’eau douce de la pisciculture du Moulin-Neuf, à Bannalec. " Jusqu’à l’été dernier, nous possédions une autre pisciculture à Arzano mais nous avons connu des difficultés suite à la canicule. Et nous avons été contraints de fermer. " Les truites (des triploïdes, c’est-à-dire des poissons stériles) restent un an ou deux dans cette eau douce. Elles sont ensuite transférées à Douarnenez et transvasées dans des cages qui sont plongées dans la baie.

Marché national de 300 t
" Nous possédons une concession de 3 000 m2 à 500 m des côtes. Les cages – quatre de 1 500 m3 et une douzaine de 240m3 – sont ancrées au fond de la baie. Elles sont tout à la fois à l’abri des tempêtes et bien brassées par les courants ", décrit Jean-Louis Lambel. Deux fois par jour, les truites sont nourries de céréales et de farines de poissons. Elles sont sorties de l’eau lorsqu’elles pèsent 1,2 kg ou 3 kg. " Les premières sont vendues entières à Rungis avec une étiquette qui mentionne leur origine. Les secondes sont saignées, éviscérées et vendues à Bretagne saumon qui les fume ", détaille Jean-Louis Lambel. Au total, Marine espace produit 100 t de truites de mer sur un marché national de 300 t*. " Nous avons un seul autre concurrent en France, plus précisément dans les Côtes-d’Armor. "

En revanche, les concurrents sont nombreux dans les pays scandinaves, notamment en Norvège. " Mais, leur produit est différent du nôtre, nuance Jean-Louis Lambel. Ils élèvent des femelles pour leurs grappes d’œufs qui sont vendus à prix d’or au Japon. Les œufs récupérés, ils vendent la chair qui est fumée. " Les conditions d’élevage sont aussi différentes, " notre densité de truites au m3 est bien inférieure à la leur. Nous, nous mettons au grand maximum 20 kg de poissons par m3. " Cette truite de mer (qui n’existe pas à l’état sauvage) a une robe plus argentée que la truite d’eau douce. Sa chair est plus ferme et fine, ce qui en fait un poisson très recherché tant par les restaurateurs que les fumeurs.
A.M.

*La production française de truites d’eau douce atteint 60 000 tonnes. Marine espace en produit 150 t.

 

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