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IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
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Hanvec

Le loup, le nabab et le roi des ciels

Hanvec est écartelée
entre la mer, la montagne et le bourg. Cernée par les bois. De la forêt du Cranou qui s’amuse encore à égarer le randonneur de temps à autre, un ermite avait prédit : " ici, jamais bois ne manquera ". Les rois, pour leurs navires, n’en voulaient pas d’autre. Pas de forêt drue comme celle-ci sans loups. Ils sont un peu plus loin, à Menez-Meur. Entendez voir. Ils hurlent la nuit. A Hanvec toujours, l’air de la montagne souffle… à 217 mètres. Voici les monts d’Arrée. Jaunes, mauves. Qui ont les pieds dans l’eau, à Lanvoy, face à l’île d’Arun. Avec seize kilomètres sur seize, Hanvec est l’une des communes les plus vastes du Finistère. Le GR 37, qui va de Guerlédan à Crozon, la traverse, évidemment. On y pourra marcher tout son saoul. La tête dans les nuages. Ceux-là même que monsieur Eugène Boudin, que Corot désignait comme " le roi des ciels ", aimait peindre ici en arpentant les chemins au bras de sa femme, née à Hanvec. " Il y a ici un horizon si lointain qu’on peut se croire au bord de la vaste mer " disait-il. Sans doute aussi, au détour d’un affleurement de grès jailli des landes, vous entendrez la rumeur de Californie, le chercheur d’or. Ou du nabab de Kerliver.
Monique Férec


La Californie et le chercheur d’or

Le rêve américain se termine dans les landes.

Autrefois, le lieu Menez-Meur, qui abrite le parc du même nom ne disait rien à personne. Tous les anciens l’appelaient le plateau de Californie. Ce dernier tirait son nom du sobriquet du propriétaire qui le premier, aménagea le site à la fin du XIXe siècle. Celui-ci s’appelait Julien Prioux. Fatigué de casser des cailloux sur les routes bretonnes, il partit un beau jour de Brest sur un brick chercher de l’or dans le Nouveau-monde. On connaît peu son épopée californienne. Pour des raisons bonnes ou mauvaises, l’homme appréciait le silence et préférait vivre caché. 300 hectares à Menez Meur seront sa tanière " dans laquelle il ne souffrait aucun intrus ", raconte Fernand Pérignon, historien qui relatait cette anecdote il y a quelques années. Julien Prioux mourut à 73 ans, en 1900, à Hanvec. Son domaine fut vendu plusieurs fois avant d’être acquis par le Conseil général en 1969.
Monique Férec

* Hanvec signifierait camp d’été, pour désigner des pâturages saisonniers à l’origine de l’installation des premiers bretons…

Le domaine animalier de Ménez Meur abrite 250 animaux : cervidés, sangliers, chevaux, loups. Tel 02 98 68 84 95.



Kerliver

Le Nabab fait école
Il parlait persan, il allait devenir nabab.

Du haut du manoir de Kerliver, cinq siècles vous contemplent. Cette propriété est attachée au nom de l’un de ses derniers propriétaires, François-Emmanuel Deshaies de Montigny, appelé " le nabab de Kerliver ". Dans son fascicule De Kerliver à Chandernagor, l’historien Thierry Le Roy rappelle les principaux jalons de la vie du personnage. " Il avait une trentaine d’années quand il fut choisi par le ministre Sartine pour une mission auprès du Grand-Moghol, empereur des Indes, en raison de sa parfaite maîtrise du persan. C’est au cours d’une mission, à l’époque où il se met au service de l’empereur pendant sept ans, qu’il aura l’insigne honneur de se voir attribuer le titre de nabab, c’est-à-dire de prince gouverneur. En 1788, il était nommé gouverneur de Chandernagor ". Mais l’aventure n’était pas terminée. La révolution éclatait un an après en France. " En s’opposant à la traite des esclaves, il ne s’était pas fait que des amis. En 1790, un complot allait le faire prisonnier. Il est libéré par un vaisseau britannique ". Le nabab sera mandaté par Bonaparte pour une dernière mission à Chandernagor. Avant de finir sa vie " général certes, mais ruiné, aveugle, infirme ". Le corps du nabab Montigny repose au père Lachaise et son tombeau est toujours entretenu aux frais de l’école de Kerliver, comme l’avait précisé le testament de son fils Emmanuel-Ernest. Cette école avait été créée par ce dernier pour former les jeunes filles aux travaux de la ferme. Aujourd’hui, c’est un CFA spécialisé dans l’horticulture et les espaces naturels.


Le loup hurle encore
La nuit, à Ménez Meur, pour mesurer leur force, les loups hurlent à la mort.

A Ménez Meur (" la grande montagne "), Patrick Miossec, responsable du parc animalier du parc d’Armorique, est le maître des loups. C’est lui, et lui seul, qui est titulaire du très officiel certificat de capacité national qui accorde le droit de présider aux destinées de ces mammifères carnivores " classés aussi dangereux que les félins ". Un sas, quatre portes, deux séries de clôtures, on ne joue pas avec la sécurité des soigneurs et du public. Mais il faut tempérer : " Il n’y a jamais d’incidents avec les loups. Les cochons, ou les vaches, peuvent présenter plus de danger ", prévient Patrick Miossec. En ce moment, l’enclos de 1800 m2 accueille cinq adultes et une petite louve. Croc-noir, le chef de meute, qui succède à Bara, mort à 19 ans, est " le plus fort. C’est le premier qui vient chercher la nourriture. La meute se partage chaque mois 380 kg de carcasse de bœuf ". La mission de nourrissage est confiée à une seule personne, en l’occurrence Stéphane De Lucas. " Il faut surtout bien répartir la nourriture dans l’enclos. Ne jamais s’accroupir devant un loup, ou lui tourner le dos. Les femelles peuvent être agressives si elles ont des petits ". Mais, la plupart du temps, les loups sont naturellement très craintifs. Et le restent. Le fait qu’ils ne s’habituent vraiment jamais à l’homme vient renforcer le mythe. " Celui qui danserait avec les loups danse avec des animaux qui ne sont plus des loups. La peur de l’homme est dans leur instinct de survie. Ils sont sans cesse sur leurs gardes". A Hanvec, la légende n’est pas près de s’éteindre quand vous entendez Patrick Miossec ajouter : "Ménez-Meur est un lieu magique. Vous me croirez ou pas, mais la nuit est ici plus noire qu’ailleurs : les arbres craquent, les animaux se promènent, les promeneurs se perdent, et les loups hurlent ". Dans le fond, rien n’a changé depuis les siècles passés, quand le loup, ce double diabolique du chien omniprésent dans les forêts bretonnes, arpentaient les landes.

 

Le peintre Eugène Boudin ici comme chez lui
C’est l’amour qui a conduit l’aquarelliste dans le fond de la rade de Brest.

Laissons à Eugène Boudin, grand aquarelliste novateur du xixe siècle, le soin de décrire Hanvec côté mer. Lui qui aimait " l’imbrication de la terre et de la mer " en parlait comme d’un " coin de la rade de Brest dominé par les hautes terres. Sur l’eau limpide et brillante comme un miroir posé à plat et sur cet argent liquide, la flottille des petits sabliers aux voiles rouges défile silencieusement et se perd derrière un petit cap ", peut-on lire dans un ouvrage que Denise Delouche lui a consacré. C’est l’amour qui a conduit Eugène Boudin à Hanvec. En 1863, il se mariait avec Marie-Anne Guédès, native de cette commune. Monet fera cet hommage à l’artiste : " Si je suis devenu peintre, c’est à Eugène Boudin que je le dois ". Le peintre Corot ne fut pas moins admiratif : " Monsieur Boudin, vous êtes le roi des ciels ". C’est ici, au lieu dit Lanvoy, loin d’une Normandie qu’il aimait, mais dont il appréciait moins " les poseurs et de parasites dorés ", qu’il croqua sa vie et celle des autres, en suivant les rythmes et événements de la vie rurale. Il séjourna de nombreuses fois à Lanvoy, dans le manoir de Kerohan. Lanvoy, où la légende cette fois, raconte qu’il y avait un rocher où l’on conduisait les vieux chevaux pour les abandonner aux loups…

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