Nous écrire Liens Annonces judiciaires & légales Appels d'offres Accueil
> ENQUETE D'EMPLOI
> ENTREPRISES
> ECONOMIE
> AGRICULTURE
> PECHE
> CULTURE
> MER ET LITTORAL
> INSTITUTIONS
> UN BOUT DU MONDE
Pointe du Raz
Le Cap Sizun
Bénodet
Port-la-Forêt
Pouldreuzic
Le Guilvinec
Quimperlé
Pont-Aven
Beg-Meil
Port-Launay
Ile de Sein
Douarnenez
Camaret
L'Aven
L'Aulne
De Bertheaume à Saint-Mathieu
Plouescat
Locquirec
Plougastel-Daoulas
Saint-Thégonnec
Guissény
Le Drennec
Saint-Pol de Léon
Roscoff
Hanvec
Le Conquet
Brasparts
> VILLES
> PORTRAITS
> FAITS DE SOCIETE
> SUPPLEMENTS
> ABONNEZ-VOUS !
IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
> Accueil > UN BOUT DU MONDE > Ile de Sein
Sein, poussière d'étoile
A Sein, la rose des vents a la tête qui tourne. Chaque mur a son baromètre. Flanqué, c’est selon, d’une statue de la sainte vierge. L’îlien vit avec son temps. Le beau, que l’on vient chercher pour la journée. Le mauvais aussi parfois.

Petit carnet de voyage.

La tempête essore son linge au-dessus des têtes. Décembre 2003. Départ de Sainte-Evette, 9 heures. Dans le grand salon du bateau, un cercueil en chêne. Assise à côté, une heure avant l’enterrement qui videra les maisons de l’île à la fin de la matinée, la famille répète l’éloge funèbre de Marie, 83 ans, qui revient au pays pour toujours, après un purgatoire dans une résidence pour personnes âgées dans le Cap-Sizun. On se laisse dire que l’océan a toujours dansé dans les yeux de cette dame au grand cœur qui aimait le grand air. Qu’elle aimait " ramasser le goémon et faire sécher son linge au vent ". Marie aura le droit aux chants bretons dans l’église.

Sein vit avec la mer des amours terribles. Entre l’île et la houle, les liaisons sont dangereuses. Le combat est encore égal. Jusqu’au jour où. La question de la solidité des digues ne cesse de hanter : le château n’est pas de sable, mais le visiteur, qui prélèverait un galet en guise de souvenir, est prévenu par une affiche : " n’emportez pas nos cailloux, ce sont nos défenses ". Faites le calcul : 120 000 visiteurs, 120 000 cailloux, à ce rythme, on met l’île à nu. Pire. Voudriez-vous qu’on parle bientôt de Sein comme de la belle engloutie ? Cette poussière d’étoile (on y a trouvé des météorites) a une peur bleue de l’océan. D’un coup de balai distrait, un jour, celui-ci pourrait bien l’envoyer se promener. En 1987, lors de l’ouragan, le coefficient n’était que de 25. Imaginez ce vent en pleine tempête d’équinoxe cogner sur le roc, sous les quais, cracher. Ecumer jusque sur les toits.

A Sein, les absents sont moins absents qu’ailleurs. D’abord, on devine entre les rochers l’ombre des vestales. Sein fut d’abord gauloise. Car il y eut Sena, cette divinité qui avait le pouvoir de déchaîner vagues et vents. Sa toison d’or était celle des algues. L’enchanteur Merlin y serait né, lui, l’auxiliaire d’Arthur, chevalier de la Table ronde. Les Causeurs (les deux menhirs) pétrifiés de la place de l’église en parlent encore. Et n’oubliez pas les Romains. C’est ici que César aurait été mis en échec. Par " une poignée de diables de la mer ". Le sauvetage des vies nourrit d’autres histoires. Sein, toujours prête à veiller au grain.

La tactique de la tortue romaine
La résille des ruelles fait barrage au vent. " C’est à cela qu’elles servent, à nous abriter ", dit une îlienne, qui vous guide d’une rue à l’autre comme si elle vous faisait les honneurs de sa maison. Pour un peu, vous mettriez les patins. Et, bien sûr, vous éviterez d’attarder vos regards aux fenêtres. Courtois, vous serez comme on le sera ici avec vous. A Sein, on ne se laisse pas facilement décoiffer. Le vent hurle ? On n’a pas peur de la tempête. L’île ferme les écoutilles. Avec ses maisons serrées comme des pilchards dans la boîte, elle fait bloc. Au sens propre et figuré. Ici, on appelle cela " la tactique de la tortue romaine " dit Yves le Roy, maire de Sein depuis trois décennies. On s’abrite, sauf s’il y a des vies en jeu. Un équipage à sauver, une patrie en danger ? Même combat. Appel du général ou du simple marin, les gaillards sont sur le pont.
Monique Férec

 

Sein, fiche d’identité

246 habitants, 120 000 touristes à l’année. Deux hôtels, six restaurants. Un médecin, un centre médico-social, une usine de production d’eau de mer, une église, une mairie, un cimetière, deux ports (c’est selon le vent), deux épiceries, pas de gendarmes ni de curé à l’année, pas de maison de retraite, quatre pompiers volontaires (à déplorer récemment : une évacuation sanitaire, un feu de broussailles), un gardien de phare, une chapelle, une ancienne écloserie, une école et un collège à classes uniques, une chorale, six bateaux par jour en été, un aller et retour en hiver, cinq kilomètres de digues et de quais (en perpétuel chantier), deux pêcheurs, contre 200 il y a 25 ans.


" Nous sommes simplement les îliens "

Yves Le roy, maire

" On sait à des détails que le temps va changer : au bruit de la mer, par exemple. On est toujours occupés avec le temps. Les anciens n’ont fait que cela : regarder la mer avant de monter sur leur bateau ", explique Yves Le roy, maire de l’île. Plus loin, le maire rappellera le manque chronique d’espace. " L’espace nous est compté. Il n’y a pas de terrain, les maisons sont chères ou ne se louent que l’été. Les jeunes ont du mal à se loger "…

Questions : Que faire pour s’intégrer ?
Il faut travailler beaucoup et avoir des idées. Un artisan par exemple doit être polyvalent.

Quelles sont les qualités de l’îlien ?
La courtoisie tout d’abord. C’est la promiscuité qui veut cela. Même si on croise quelqu’un qu’on n’aime pas, on le salue. On n’attend pas forcément de réponse, mais on dit bonjour. La générosité est une deuxième qualité. Les gens savent donner de leur temps, se mobiliser pour les autres. " Sein, une communauté. Une île. L’île. D’ailleurs, " pour parler des habitants de Groix, on dit les Groisillons. Pour parler de ceux de Molène, les Molénais, ou ceux d’Ouessant, les Ouessantins… Pour nous désigner, on dit simplement les îliens. "

" Le collège, c’est vital "

Anaïck, professeur polyvalent

Le collège compte huit élèves. Soit une tête de plus que l’année passée. Trois professeurs aussi. " Cela me plaît d’être ici, sinon je ne serai pas restée. Les gens sont très accueillants, les parents toujours prêts à épauler. Et la vie associative est dynamique. Si le collège ferme, des familles s’en iront. Elles ne laisseront pas leurs enfants partir seuls sur le continent. C’est vital ", dit Anaïk Even, professeur d’histoire, de géographie et de français, qui a fait sa sixième rentrée sur Sein. " Nous sommes très près des enfants ici. Ils sont très stimulés ! " Ils ne peuvent se cacher près du radiateur. " Certains regrettent en contrepartie de ne pas avoir assez d’amis."


" Moins isolés que sur le continent "

Didier, peintre et pompier

Didier Marie le Bihan est artiste peintre. Il peint selon la technique du clair-obscur cher aux anciens. Îlien depuis deux ans et demi, ce natif de Douarnenez est aussi pompier bénévole. Il y en a quatre en tout sur Sein : Alain, Régis, Claudie. Et Didier. Cet artiste, ascendant " anar plus que militaire ", s’est " enrôlé " par solidarité. " On est venu me chercher, Je me suis senti concerné. Quand on fait quelque chose ici, c’est pour le bien de la communauté. " C’est vrai quand il y a le feu. Vrai aussi quand il s’agit d’organiser des fêtes. " Sans être vieux jeu, je trouve qu’il y a ici des valeurs perdues ailleurs. Etre pompier bénévole, c’était aussi pour moi une manière de m’intégrer. "

A Sein, " nous ne sommes pas coupés du monde. Nous sommes même moins isolés qu’ailleurs. Sur le continent, il y a, c’est vrai, le cinéma ou les restaurants. Mais franchement, qui y va ? Sur l’île, chacun trouve ce qu’il veut bien trouver. On n’y vient pas pour régler des problèmes personnels. Quand c’est le cas, la greffe ne prend pas. On s’intègre bien si on est bien. "

Le Mouez Enez Sun, le journal du bord

L’île de Sein a son journal : le Mouez Enez Sun. Plus de soixante numéros. Douze par an. Le directeur de la publication s’appelle Pierre Portais, un ancien journaliste de RBO devenu restaurateur sur l’île. " Notre journal compte 650 abonnés (vente quasi exclusive sur abonnement). Il est distribué dans 66 départements français, et pour un tiers, à l’étranger : Japon, Brésil, Europe (neuf pays). La diaspora sénanne est grande. Nous avons même six abonnés suisses. Et les lecteurs qui n’ont jamais mis les pieds sur l’île ne sont pas rares. " Les bénéfices tirés de la vente servent à financer des animations sur l’île, et d’autres associations. Contact : 02 98 70 93 75.

Droits de reproduction et de diffusion réservés © HEBDOMADAIRE DU FINISTERE 2004
Usage strictement personnel. L'utilisateur du site reconnait avoir pris connaissance de la licence de droit d'usage,
en accepter et en respecter les conditions.
Conception et réalisation : Equilibre communication
Support technique : Webgazelle