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IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
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Marie-Noëlle Fourn Garnier, peintre

 

De la philosophie à l’art

Pour la lauréate du 38e salon de peinture du Léon,

longtemps professeur de philosophie,

« l’art est la plus humaine des activités humaines ».

Elle s’y adonne tout entière.

 

 

Le jury du 38e salon de peinture du Léon à Landivisiau l’a sacrée lauréate 2005. Parmi quatre-vingt-dix peintres. Professeur de philosophie, puis de sciences sanitaires et sociales, Marie Noëlle Fourn Garnier, 56 ans, est donc aussi peintre de talent. « Je travaille la surface de la toile comme si c’était une peau. » Ses tableaux en ont le grain, les scarifications, et laissent parfois deviner comme des ossements. « Pour Nietzsche, la peau est ce qu’il y a de plus profond en l’homme. Elle révèle les émotions, elle laisse passer tout ce qui est visible mais aussi ce qui nous échappe, et résume tout ce que nous avons vécu. »

Dans l’atelier de Marie-Noëlle, des plaques de contreplaqué, des pots de peinture, des gants industriels, des produits décapants, de la résine, et mille autres choses... Tout cela n’est pas a priori délicat. Mais le résultat l’est. Infiniment. Des teintes et des surfaces débarrassées de la rage d’une couleur trop crue, des harmonies traversées de signes et de traces légères comme des pattes d’oiseau sur le sable. « Je peins, je décape, cela adoucit, à force. Certains disent que ma peinture est apaisante. Mais je ne suis pas apaisante, je serai même plutôt incisive ! » Deux toiles ont suffi à séduire le jury. Joli résultat pour une artiste qui faisait sa première exposition en 2001 au Croissant de Lune à Landerneau.

 

« Les quais étaient violets »

« J’ai commencé à peindre alors que la philosophie me questionnait sur l’art », résume l’artiste dans sa maison du Relecq-Kerhuon. C’est corps et âme et sans idée préconçue, qu’elle s’est jetée dans cette nouvelle aventure. « Le monde des artistes pense en général qu’il faudrait être conscient de sa démarche. Pour moi, c’est plus simple. Il faut oser, puis aller là où çà nous entraîne. Les enfants grabouillent ? Les adultes aussi. Le processus de production est opaque. Bon, après, on peut dire que l’on a un projet, l’habiller d’un discours sociologisant. Mais, çà, c’est du discours, pas de l’art. L’art, c’est retrousser ses manches et accepter de se confronter au regard de l’autre. »

Si l’artiste ne prétend rivaliser avec aucun peintre, elle adore Goya, en dépit de « l’horreur » qui perce souvent ses toiles. Plus près d’ici, elle apprécie Paul Bloas. De ce dernier, elle dit en en feuilletant un des ouvrages qui lui est consacré : « il a eu le courage de s’enfermer dans la prison de Pontaniou. Et le talent de transfigurer la terreur en humanité. » Elle aime aussi son parti pris de l’éphémère. « Je ne peins pas pour l’éternité. Si ce que je fais s’autodétruit, ce n’est pas un drame. » Entre parenthèses, ces deux Brestois vont parfois puiser à la même source, abondante, des fantasmes brestois : le monde de la mer et du port. « Je suis née à Saint-Pierre. Mon père, fils de paysan de Porspoder avait choisi d’être inscrit maritime pour alléger le budget familial. Il travaillait sur les baliseurs. J’avais souvent peur pour lui. » C’est évidemment à lui qu’elle a fait cadeau de son premier tableau qui avait pour thème… le parc des phares et balises. « Toute la poésie de Brest est dans son univers portuaire : les grues, les cales de radoub et ses bateaux, si petits au fond… Enfant, quand je m’y promenais, les quais étaient violets et sentaient le vin. C’était du 13,5 degrés qui venait d’Algérie. Certains se servaient directement ! »

 

Philosophe passionnée

Marie-Noëlle Fourn Garnier a fait ses études chez les religieuses à Kerbonne. « J’étais très mystique, mais la religion morale ne m’intéressait pas. J’étais une rebelle ! C’est une chance de savoir résister, car il y a des gens qui flairent la faiblesse. Je déteste l’injustice. Où qu’elle soit. Mais ces religieuses ne m’ont pas terrorisée. Bon, elles étaient autoritaires, mais à cette époque, on ne rigolait pas avec l’autorité, ici comme ailleurs. Dans le fond, certaines de ces femmes étaient finalement plutôt intelligentes », explique-t-elle devant sa bibliothèque.

Sur les étagères, tout Nietszche. Des textes sacrés, Mishima, de la poésie, des romans, des essais. Un commentaire ? « Je considère comme une grande liberté le fait de pouvoir de se fabriquer son idéal supérieur »... Si elle avait une thèse de philosophie à faire, elle aurait pris pour thème « la représentation ». « Avec sa critique du langage, Nietzsche (que l’on présente à mes yeux à tort comme un précurseur du nazisme) avait touché quelque chose de très important. Qu’y avait-il derrière le langage ? L’inconscient n’était pas encore mis à jour. Il a basculé dans la folie. »

Aujourd’hui, cette philosophe passionnée se reconnaît là où la critique marxiste et les arts ont leur place – « l’esthétique est une manière d’aborder la philosophie » –. « L’art est la plus humaine des activités humaines. Il permet d’être et de penser au singulier. L’être humain n’est pas généralisable. » Ce qui n’exclut pas l’idée de démocratie. « Tous uniques, tous semblables. »

Depuis trois ans, Marie-Noëlle Fourn Garnier n’est plus professeur de philosophie. Elle a changé de cap par respect pour… la philosophie. « Il y a tellement de grands maîtres. Cette matière est très éprouvante pour un professeur. Il n’a pas de savoir positif à annoncer, seulement des questionnements. Certains élèves accrochent mais beaucoup sont rétifs. C’est vrai qu’une année (celle du bac) pour aborder tout le programme, c’est bien trop court. Il faudrait bien plus de temps. Et puis j’avais pour mission de transmettre et je ne voulais pas trahir. Un jour je me suis dit « si Kant m’entendait » et j’ai décidé de faire autre chose. »

Marie-Noëlle enseigne aujourd’hui les sciences sanitaires et sociales au lycée Fénelon. « À travers la législation sociale, c’est l’idée de solidarité que je peux défendre : solidarité entre les générations, entre ceux qui ont un travail et ceux qui n’en ont pas… J’essaie de démontrer aux élèves l’intérêt qu’il y a à ne pas crever tout seul... » À l’heure où « le chacun pour soi nous gangrène, c’est un défi intéressant… »

Marie-Noëlle Fourn Garnier a 34 ans de carrière dans l’enseignement derrière elle. Si elle apprécie l’établissement dans lequel elle travaille aujourd’hui, ses élèves, ses collègues, elle ne le cache pas : « le système méprise les élèves et les enseignants. J’ai hâte de quitter le navire. » Mais, c’est plus fort qu’elle, toujours elle chérira l’enseignement.

Sur la table du salon, le livre commencé le matin a pour titre L’éloge de la transmission, de Georges Steiner et Cécile Ladjali. « Quand on hausse la barre, les enfants sautent plus haut. » Et quand sonnera l’heure de la retraite, la peintre n’exclut pas de faire « de l’alphabétisation ». Le jeu de l’alphabet et des signes, avec lequel elle s’amuse sur ses toiles, est à l’origine du plus petit (comme du plus grand) des savoirs. Et ce, bien avant l’arrivée de l’écriture.

M.F.

 

Contact : 02 98 28 32 69.

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