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IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
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La zone humide, richesse à préserver

La zone humide a longtemps été considérée comme un endroit stérile et inquiétant. Aujourd’hui, ses atouts sont mis en avant : biodiversité, dénitrification, régulation des eaux…

 

Aussitôt arrivé dans le bourg de Trémaouézan, plusieurs panneaux indiquent le site de Langazel et ses sentiers de randonnée. Cette zone humide constitue la richesse de cette petite commune de 440 habitants située au nord de Landerneau. Pourtant, il s’en est fallu de peu pour que cet espace naturel ne devienne en 1978 une usine de broyage des ordures ménagères. « La mobilisation des habitants et d’associations a permis d’arrêter ce projet et de montrer l’intérêt de cette zone humide. L’association Langazel est alors née », relate Julien Moalic, animateur de cette structure. Désormais, une partie de la zone humide est classée Natura 2000 car elle abrite des espèces animales protégées : le Triton marbré, les papillons Damier de la Succise et Ecaille chinée, l’Escargot de Quimper, la Fauvette pitchou, le Busard Saint-Martin, le Martin-pêcheur d’Europe…

De nombreuses plantes rares élisent aussi domicile dans ces tourbières et landes humides. « On peut citer la drosera qui est une plante carnivore, la sphaigne qui est une mousse. On trouve aussi des orchidées, des linaigrettes… Langazel est une véritable niche écologique », ajoute Julien Moalic. Toute cette biodiversité est scrupuleusement observée, répertoriée, protégée par l’association qui gère au total 90 hectares* (sur une zone globale estimée à 300 hectares). Pour autant, le site n’est pas sous cloche. Les habitants de Trémaouézan, les randonneurs, les écoliers des alentours l’arpentent souvent. Les agriculteurs participent aux fauches organisées chaque année… « Autrefois, des paysans exploitaient ces terres et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale ils extrayaient la tourbe pour se chauffer. Ca a toujours été un lieu de vie », tient à souligner Julien Moalic.

 

Filtre épurateur

Des centaines d’autres zones humides parsèment le territoire finistérien. Certaines n’excèdent pas quelques hectares ; d’autres dépassent 100 hectares. Elles présentent aussi des aspects très différents selon leur situation dans le bassin versant : tourbières et landes humides, prairies humides, marais d’eau douce, marais d’eau saumâtre… La présence de l’eau varie aussi beaucoup de l’une à l’autre : tantôt omniprésente, tantôt occasionnelle. Malgré toutes ces différences, les zones humides remplissent les mêmes fonctions. À commencer par celle de réservoir de biodiversité : 30 % des espèces remarquables et protégées vivraient dans ces zones, deux tiers des poissons consommés par l’homme s’y reproduisent et s’y développent, les oiseaux migrateurs s’y réfugient…

 

Les zones humides régulent aussi les eaux. « Elles agissent en fait comme une éponge : elles retiennent les eaux en hiver et les restituent progressivement durant les périodes chaudes. On comprend ainsi leur importance en cas de très fortes précipitations voire d’inondations », indique Julien Moalic. Ces zones jouent également le rôle de filtre épurateur : elles piègent les matières en suspension et dégradent les nitrates, les phosphates, certains pesticides et métaux. Les zones humides ont aussi longtemps rempli un rôle économique : des tanneries et des minoteries s’y sont installées, les agriculteurs y faisaient paître leurs bêtes… Au cours du XXe siècle, elles ont été peu à peu délaissées. Au mieux, elles ont été abandonnées. Au pire, elles ont été asséchées ou remblayées pour laisser place à des prairIes sèches ou à des parkings…

 

10 % du territoire

L’intérêt pour ces espaces naturels est réapparu dans les années 70-80. Dans le Finistère, çà et là des collectivités ont pris conscience de cette richesse. Notamment la communauté urbaine de Brest (voir article ci-dessous). Le Conseil général a, quant à lui, lancé en 2002 un vaste inventaire de toutes ces zones humides. «En recoupant diverses données et en faisant des relevés, nous avons recensé 10 % de zones humides sur le territoire. Nous ne disposons toutefois pas de données très précises partout. Ce recensement va être envoyé à toutes les collectivités afin qu’elles puissent connaître l’étendu de ce patrimoine et surtout le protéger via le Plan local d’urbanisme », explique Pierre Thulliez, responsable de la cellule espaces naturels sensibles au Conseil général.

 

Le Département envisage de compléter ce document en effectuant une étude complémentaire sur le bassin versant de l’Aulne. Il encourage aussi les collectivités à L’enrichir et  à l’approfondir. La Communauté de communes de Plabennec et des Abers a initié un tel travail en 2004. « Le territoire compte aussi 10 % de zones humides, certaines ont été considérablement dégradées. Certaines communes ont bien pris conscience de l’intérêt de préserver ces espaces et l’intègrent désormais dans leurs documents d’urbanisme », note Xavier Georges, de l’association Abers nature qui est chargée de faire cet inventaire complémentaire. Le travail de pédagogie est aussi important pour que la population se réapproprie ces zones trop longtemps dénigrées.

Adèle Morlet

  

*Langazel est propriétaire de 5 hectares, loue 35 hectares et gère 50 hectares appartenant au Conseil général.

 

 

 

1 100 hectares protégés

sur Brest métropole océane

 

Hier, la prairie Saint-Gouesnou était un espace insalubre délaissé par les agriculteurs et colonisé par des dépôts sauvages en tout genre. Aujourd’hui, elle attire sur ses sentiers et ses bancs publics les habitants de Gouesnou. « La réhabilitation de cette zone humide date de 1999. Nous avons redonné à ce site son aspect originel, aménagé un chemin sur pilotis, installé des panneaux d’explication. C’est un site exemplaire, d’autant qu’il est placé en plein cœur de Gouesnou », indique Jean-Christophe Gautier, ingénieur au service espaces sensibles de Brest métropole océane. Sur le territoire, beaucoup d’autres sites ont ainsi été remis en état. Dès 1991, les élus ont en effet pris conscience de l’intérêt de préserver les 1 100 hectares de zones humides que compte la communauté. Très vite, ils ont classé ces espaces en zones naturelles humides protégées (NHP), ce qui les préserve de toute urbanisation, remblaiement…

 

Trame verte et bleue

Ils ont aussi établi des Contrats prairies avec des agriculteurs afin qu’ils entretiennent ces espaces sans recourir aux produits phytosanitaires, au drainage… « Malheureusement, nous avons été obligés de mettre fin à ces contrats pour nous conformer à la législation nationale. C’est bien dommage », regrette Marie-Thérèse Roger, vice-présidente de BMO en charge de la protection du patrimoine naturel et sensible. Depuis deux ans, la communauté s’est engagée dans un autre dispositif : le Contrat de restauration et d’entretien des zones humides. Passé avec l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, ce contrat permet de planifier des actions sur cinq ans. « Nous nous engageons à entretenir chaque année 63 hectares de zones humides et 43 km de cours d’eau. Nous recourrons à des entreprises d’insertion comme Sato relais et Prélude qui font des travaux de dessouchage, débroussaillage… Il faut aussi enlever des dépôts d’ordures, déblayer… », énumère Jean-Christophe Gautier.

 

La zone humide retrouve alors ses fonctions d’origine : gestion qualitative et quantitative de l’eau, refuge pour la faune et la flore… « Cela permet aussi de valoriser nos paysages, de les montrer aux habitants », complète Marie-Thérèse Roger. Ce programme d’un coût annuel de 300 000 euros s’inscrit dans une politique globale de mise en valeur des paysages : la Trame verte et bleue. L’objectif est de préserver les coulées vertes hors et dans l’agglomération. «Peu à peu, les élus et les habitants comprennent tout l’intérêt de garder ces espaces naturels, note Jean-Christophe Gautier. Ce patrimoine est un faire-valoir pour Brest et les communes environnantes. »     

Adèle Morlet

 

 

Des roseaux mangeurs d’azote

 

Dans les années 90, l’Ifremer met en valeur le rôle épuratoire du marais de Kervigen qui est situé sur les communes de Plomodiern et Ploeven. La Communauté de communes du Pays de Châteaulin et du Porzay décide alors de mettre à profit cette zone humide de 20 hectares (propriété du Conseil général) pour améliorer la qualité des eaux et diminuer les marées vertes. En 2003, des travaux sont entrepris dans le cadre du bassin versant du Porzay pour dériver vers le marais une partie des eaux du Kerharo. Du 1er mars au 30 juin 2005, la première mise en eau du marais et réalisé. « Nous avons eu des résultats tout à fait étonnants. Le taux d’azote de l’eau qui passait par le marais diminue de 70 %. Si on rapporte sur l’ensemble du cours d’eau, le taux baisse de 20 %. L’azote passe de 32 mg/l à 27 mg/l », indique Alida Boishus, coordinatrice du bassin versant. Comment expliquer cet abattement ? « Les roseaux du marais et tous les micro-organismes se nourrissent de cet azote. » Ces plantes sont ensuite fauchées en janvier et février par l’entreprise Volant de Plomeur. Elles couvriront les toits de maisons bretonnes. La communauté de communes prévoit d’inonder davantage le marais dans les années à venir. « Ce qui est fait ici est toutefois difficilement reproductible ailleurs », tient à préciser Alida Boishus.

 

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