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IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
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Hervé Moreau

« Je suis un marin dessinateur »

 

Pendant vingt ans, Hervé Moreau

a sillonné les mers du globe.

Aujourd’hui, il se pose à terre pour s’adonner

à son autre passion : le dessin.

 

Marin dessinateur, c’est ainsi que se présente Hervé Moreau, un illustrateur atypique. Un baroudeur, la besace toujours à l’épaule, au cas où il tomberait sur un lieu insolite à croquer. Un marin qui, depuis vingt ans, parcourt les mers du globe, passant aisément du convoyage à la pêche hauturière. Même si c’est un artiste, il ne veut pas qu’on l’appelle ainsi, souhaitant rester loin de l’image parfois un peu pompeuse que l’on donne à ce terme. « Je représente ce que je vois avec le trait qui m’est propre. » Ces œuvres sont bien plus que cela. Des dessins transpirant le vécu, à l’image des illustrations marines. Ce n’est pas pour rien.

Hervé Moreau baigne dans le dessin depuis son enfance du fait d’un père professeur d’arts plastiques. « Pour moi, dessiner a toujours été un mode d’expression comme un autre », confie-t-il. Pourtant, après avoir suivi des cours dans une école d’arts appliqués à Paris, c’est dans la voile qu’il décide de faire carrière, sans toutefois oublier son goût pour le crayon. Il commence par la planche à voile, puis est attiré par des flotteurs plus imposants, les bateaux croiseurs.

Moniteur de voile, avant de devenir skipper, il travaille aussi occasionnellement comme marin pêcheur. La mer est son élément. « Lorsque je partais pêcher la morue au large de l’Écosse, je faisais des esquisses, des caricatures mais sans conviction, pour passer le temps. » Les expériences marines, et pas des moindres se succèdent. Il barre la Belle Étoile lors de Brest 96, accompagne Jean Louis Étienne aux îles Spitsberg en 1999, navigue sur le Bel Espoir avec le père Jaouen. Il part aussi travailler sur une plate-forme pétrolière au large du Nigeria, convoie des navires aux Antilles.

 

Témoin de la vie maritime

À chaque voyage qu’il fait, il croque. « C’est un excellent moyen de rencontrer et d’échanger avec les gens. C’est différent de la photographie. Quand tu dessines, tu te poses et les gens viennent vers toi, curieux de voir ce que tu es en train de représenter. » Ce qu’il dessine ce sont les coques de bateau, les cordages, des gros plans de poulies, des tâches de rouille (palettes à elles toutes seules) mais aussi les marins, ses collègues en action. « Je m’attache à reproduire le moindre détail, car je connais par cœur ces manœuvres. Ces gestes je les ai moi aussi effectués. Je sais de quelle façon les mains doivent se positionner, quelle doit être la posture du marin. »

Le dessinateur y ajoute parfois des annotations, expliquant la technique utilisée, le geste du marin, qu’il fige sur papier, ou l’atmosphère qui règne sur un quai lors d’une escale. « Quand je lis ces notes, j’arrive à me rappeler la sensation que j’ai eue à cet instant précis. ça fait partie intégrante du dessin. » Ce sont pour Hervé Moreau des témoignages de la vie maritime. « Sur l’eau les rapports entre les gens et le degré d’émotion sont complètement différents de ceux vécus sur la terre. C’est ce que j’aime dans ce milieu, tout est plus intense. »

 

Le pied à terre

Il aime laisser une trace de ces gestes quotidiens, qui pour les marins paraissent banals, mais qui pour nous, à terre, sont parfois fascinants. Depuis vingt ans dans le milieu marin, il est aussi le témoin d’une vie économique déclinante notamment celle de la pêche. « J’ai parfois la sensation que ce que je dessine est déjà en train de passer dans l’Histoire. »

Petit à petit le dessin a pris le dessus sur la vie de marin. Depuis deux ans, Hervé Moreau s’est remis sérieusement à travailler pour retrouver une technique perdue au fil des ans. « Comme disait Einstein, il y a 5 % de don et 95 % de travail », s’amuse à répéter l’illustrateur. À force de remplir des pages blanches, il retrouve ses marques. C’est un œil extérieur aujourd’hui qui témoigne de la vie maritime. Le travail a payé, car il a été retenu pour exposer au dernier salon de la Marine à Paris, où il a reçu les encouragements de professionnels. De quoi motiver Hervé Moreau à travailler de plus belle.

« En tant que marin je n’ai jamais eu envie de me bloquer sur un support. » L’artiste fait de même. S’il est à l’aise dans les sujets marins, il n’exclut aucun thème, aucune technique, s’enrichissant de tout. Et même si la mer l’attire sans cesse, il sait parfois la quitter pour mieux la retrouver. Demeurant à Camaret, il aime régulièrement aller prendre l’air parisien. « Quand je me promène sur la côte sans ne plus voir les tas de pois, il est temps que je m’en aille, pour redécouvrir sous un œil neuf ces merveilles de la nature. » À Paris ce sont alors l’architecture et les toits se chevauchant qui l’inspirent.

Sans aller, bien loin cette fois-ci, c’est un nouveau port qu’il a récemment découvert : Brest. Ce n’est pourtant pas le port de commerce qui l’a d’abord inspiré comme nombre d’artistes, mais le centre-ville, et notamment la rue de Siam et les quartiers alentour. « On dit souvent que Brest est grise, froide mais pour moi c’est un lieu d’inspiration, très riche architecturalement. » Hervé Moreau aime les associations de formes rondes et rectilignes dans les bâtiments et les nombreuses perspectives voulues par les architectes de la reconstruction. Il réalise donc actuellement une sorte de carnet de route en collaboration avec Erwan Bargain qui signe les textes. Le marin a décidément posé le pied à terre, mais la mer n’est jamais bien loin.

Émilie Chaussepied

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