Il est des lieux, aux charmes envoûtants, qui portent lempreinte de lHistoire et qui ont su, au fil du temps et bien souvent contre vents et marées, conserver leur âme. Camaret (Kameled en breton) est de ceux là. Situé à lextrême Ouest de la Presquîle de Crozon, ce petit port arbore fièrement les vestiges dun passé prestigieux. Un passé à la fois maritime et artistique, que lon arpente en empruntant les nombreux sentiers côtiers ou en longeant les quais.
En témoigne la Chapelle Rocamadour. Se dressant sur le sillon et semblant veiller sur la commune, cette chapelle devrait son nom, selon certaines sources, aux pèlerins du célèbre sanctuaire du Quercy et aurait été érigée en 1 183 par les chanoines Hospitaliers de Saint-Augustin de Daoulas. Plusieurs fois reconstruite, notamment en 1910, elle se distingue, depuis, par sa charpente, en forme de coque de bateau.
A quelques mètres de la chapelle, la tour Vauban illustre un autre aspect de lHistoire camarétoise. Conçu au xviie siècle, sous les conseils de Sébastien Le Prestre, seigneur de Vauban, cette tour, qui avait pour objectif de renforcer la défense du goulet de Brest, joua un rôle déterminant lors de la bataille de 1694, contre la flotte anglo-hollandaise. Ayant repoussé lenvahisseur, Camaret se vit alors décerner, par le roi, le titre prestigieux de gardien de lArmorique (Custos orae Aremoricae), qui figure aujourdhui encore sur les armes de la commune.
De la pêche à la plaisance
A limage de nombreux ports bretons, Camaret peut senorgueillir dun passé maritime riche et éloquent. Du XVIIe au xixe siècle, la pêche à la sardine, florissante, était en effet au cur de la vie économique de la commune, durant la belle saison et ce, jusquà la crise qui vint secouer le secteur, au début des années 1900.
Contraints de se reconvertir, les camarétois partirent alors pêcher la langouste, au large de lEspagne, du Portugal ou encore du Maroc. Ce changement de cap nécessita évidemment la construction dun nouveau type dembarcation et les chantiers navals locaux délaissèrent peu à peu les chaloupes creuses pour élaborer, dans un premier temps des sloops pontés à viviers, avant de donner naissance, en 1910, au fameux Dundee langoustier.
Camaret, la muse
Outre son patrimoine militaire et maritime, Camaret entretient depuis longtemps une relation privilégiée avec les artistes. Ecrivains, peintres, comédiens
Nombreux sont ceux, en effet, qui séjournèrent aux alentours du port courbe, y puisant souvent leur inspiration. Le plus célèbre dentre eux est sans conteste Saint-Pol Roux, le poète dorigine marseillaise, qui, à partir de 1905, élut domicile dans le manoir du Boultous (qui sera rebaptisé Coecilian et dont on peut encore contempler les ruines, sur les dunes de Pen hat), dominant la plage du Toulinguet. Lauteur, précurseur du mouvement surréaliste, y écrivit quelques-unes unes de ses uvres majeures, parmi lesquelles les Féeries intérieures, troisième tome des Reposoirs de la procession. Autre auteur de renom : le romancier Gustave Toudouze qui, dès 1886, sattacha à la Presquîle de Crozon et contribua, au gré de ses ouvrages, au rayonnement du port courbe auprès des cercles littéraires parisiens. Et que dire dAndré Antoine, figure de proue du Théâtre Libre ou des peintres tels Charles Cottet, Georges Lacombe, ou encore Eugène Boudin, qui ont, à travers leur art, maintes fois rendu hommage à Camaret et dont les uvres sont, désormais, exposées un peu partout en France et dans le monde.
Empreint dart et dhistoire, le port est aujourdhui devenu un haut lieu de la plaisance, très prisé par les marins finistériens et anglais. Ayant plus dun atout en poche, le port courbe possède en outre plusieurs dizaines de kilomètres de sentiers et sest imposé, aux yeux de nombreux randonneurs et amateurs de promenades, comme un site incontournable. De la pointe de Pen-Hir au fort du Gouin, en passant par le Sémaphore du Toulinguet, la plage du Veryach ou les alignements mégalithiques de Lagatjar, le littoral camarétois, qui a su préserver sa beauté sauvage, recèle des charmes, qui ne demandent quà être découverts. Alors à quoi bon résister
Erwan Bargain