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SHOM: les marées à la carte
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IMPRIMER Dernière mise à jour: 18/11/2011
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Le Shom, la vigie des océans
Le Service hydrographique et océanographique de la Marine affiche une double vocation : diffuser au grand public l’information nautique et assister les forces navales. Brest abrite l’essentiel des structures du Shom.

Au terme d’un périple africain de quatre mois, le Beautemps-Beaupré vient d’être admis au service actif du Shom, Service hydrographique et océanographique de la Marine. Ce navire rejoindra sur les diverses missions autour du globe les trois autres bâtiments du Shom, le Borda, le Lapérouse et le Laplace. Comme eux, il effectuera les relevés nécessaires à l’établissement de cartes et de bases de données pour les gens de mer et les militaires. « La mission du Shom, établissement tricentenaire, est en effet double : service public et service de la défense nationale », indique Jean-Paul Bideau, délégué à la communication à l’Etablissement principal du Shom (Epshom) à Brest. Service public, le Shom est responsable sur le plan national de l’information nautique. Ses ingénieurs et techniciens collectent, analysent, compilent et diffusent des données nautiques sous forme de cartes marines papier (1 110 au total), d’ouvrages spécialisés (atlas des courants, répertoire des radiosignaux…) et d’annuaire des marées*. Ils produisent aussi de ces documents pour les zones à responsabilité historique (Madagascar, Maroc…), les zones d’intérêt prioritaire de la Défense, les zones les plus fréquentées par les usagers français…

Partenariats multiples
Depuis 1999, l’établissement national réalise des cartes marines électroniques dans le cadre d’un programme international coordonné par l’Organisation hydrographique internationale (OHI) et l’Organisation maritime internationale (OMI). Ces documents numériques devraient, à plus ou moins long terme, remplacer les traditionnelles cartes papier. Par ailleurs, le Shom est responsable de la centralisation et de la diffusion de l’information nautique urgente dans l’Atlantique centre est (zone Navarea II) dans le cadre du service mondial des avertissements de navigation. Service de la défense, le Shom fournit aux forces navales toutes les informations nécessaires sur l’environnement océanique et météorologique afin qu’elles optimisent l’utilisation des systèmes d’armes (comme les sonars, les radars, les torpilles, l’aviation embarquée…). « Ainsi le Centre militaire océanographique de Brest travaille sur la propagation du son dans l’eau afin de détecter les autres navires et de passer nous-mêmes inaperçus. Il travaille aussi sur les vagues et la houle pour les opérations amphibies… », illustre Jean-Paul Bideau. Pour mener à bien ces missions, l’Epshom emploie 430 personnes dont la moitié de civils (lire ci-contre). S’y ajoutent les équipages des navires hydrographiques et océanographiques, soit 250 militaires qui ont été formés à l’Ecole des hydrographes de l’Epshom. Le Shom collabore aussi avec de nombreux organismes de recherche (Météo France, Ifremer, Cnes, IGN, BRGM, universités…) et organismes internationaux (Organisation hydrographique internationale, Organisation maritime internationale, services hydrographiques étrangers…). Ces multiples partenariats et la diversité des missions remplies par le Shom en font un organisme tout à fait à part au sein de la Défense mais aussi des organismes scientifiques et techniques traitant de l’océan. Le site www.shom.fr  permet de découvrir la liste des documents produits par le Shom et de consulter les prédictions de marée, les corrections aux cartes, les points de vente.


Composition du Shom

Dirigé par Yves Desnoës, le Service hydrographique et océanographique de la Marine est composé de :

- une direction à Paris (30 personnes)

- un établissement principal Epshom (430 personnes) basé à Brest (13 rue du Chatellier) depuis 1971 et disposant de deux antennes à Toulouse et à Lannion. L’Epshom est composé du Centre d’hydrographie, du Centre militaire d’océanographie, du Centre de fabrication et de distribution, et du Centre d’ingénierie, systèmes et équipements communs. L’Epshom abrite une Ecole d’hydrographe et l’antenne de Toulouse, une Ecole des marins météorologistes-océanographes.

- trois organismes, appelés missions (250 militaires), qui assurent sur les bâtiments hydrographiques et océanographiques les campagnes à la mer : Mission hydrographique de l’Atlantique (MHA, basée à Brest), Mission océanographique de l’Atlantique (MOA, basée à Brest) et Mission océanographique du Pacifique-Nouvelle Calédonie (MOP, basée à Tahiti).



L’Ecole des hydrographes

Dirigée par Yves-Henri Renhas, l'Ecole des hydrographes forme les officiers mariniers spécialistes de l'hydrographie et de l'océanographie. A l'issue d'une formation de deux ans, ces élèves sont titulaires du brevet de spécialité d'hydrographe reconnu par l'Organisation hydrographique internationale (OHI). Ils seront donc habilités à préparer et conduire des opérations à la mer de recueil de données hydrographiques et océanographiques, à traiter ces mesures et à les exploiter. L'Ecole des hydrographes pilote également la formation de spécialisation en informatique d'officiers mariniers hydrographes et météo-océanographes. C'est également l'Ecole des hydrographes qui coordonne la formation de spécialité des Ingénieurs des études et techniques d'armement (IETA) hydrographes et des Techniciens supérieurs d'études et de fabrication (TSEF). L’établissement compte actuellement plus de 80 élèves.


Service cartographie

De la carte traditionnelle à la carte électronique
Le Shom dispose d’un portefeuille de 1 110 cartes marines et en vend plus de 200 000 exemplaires chaque année. A ces documents, s’ajoutent désormais des cartes électroniques.

Elles sont les partenaires indispensables de tous les gens de mer qu’ils naviguent sur de petits canots ou de gigantesques cargos. Elles permettent de tracer une route en toute sûreté, de localiser des épaves, de nommer les balises et les passes, de connaître les règles de navigation… « Pour autant, les cartes marines ne prétendent pas fournir la totalité de l’information nautique. Un marin doit aussi acquérir d’autres documents : instructions nautiques, livres des feux et de signaux de brume, annuaire des marées…», liste Yves Le Franc, responsable de la section cartographie. Au total, le Shom dispose d’un portefeuille de 1 110 cartes qui couvrent les espaces maritimes français, les zones de responsabilité historique, les zones d’intérêt prioritaire de la Défense et les zones les plus fréquentées par les usagers français.

Système d’alerte
Le premier travail du cartographe consiste à déterminer l’échelle de la carte : pilotage côtier, pilotage hauturier, cabotage, atterrissage, traversée… Il sélectionne ensuite les données pertinentes, les compile et les généralise pour en déduire une expression graphique. « Toutes les cartes répondent aux règles édictées par l’Organisation hydrographique internationale (OHI). C’est un produit normalisé », précise Yves Le Franc. Diverses cartes sont éditées par le Shom : la carte marine classique (à plat), la carte L (pliable et résistante à l’eau) et la carte G (sédiment. Ces documents sont mis à jour tous les deux ans en moyenne et entièrement refondus tous les dix ans. « Nous publions, par ailleurs, des « avis aux navigateurs » toutes les semaines. Ils indiquent les corrections importantes à apporter sur les cartes : découverte d’une roche, modification du balisage… », complète Yves Le Franc.

Depuis 1999, le Shom produit aussi des cartes électroniques appelées ENC (Electronic navigational chart) dans le cadre d’un programme international coordonné par l’OHI et l’OMI (Organisation maritime internationale). Equivalent légal de la carte papier, l’ENC constitue une véritable base de données. « En cliquant sur un objet comme une balise, on obtient sa carte d’identité : nom, position, catégorie, couleur, caractéristique du feu… », décrit Mickaël Le Gléau, responsable des cartes électroniques. Par ailleurs, l’ENC indique le positionnement du bateau et émet un signal d’alarme en cas d’écart de route, de risque d’échouement…

Ces cartes sont, pour l’instant, essentiellement utilisées par les navires qui transportent des matières dangereuses, des passagers… Elles ont, bien entendu, été également adoptées par les forces navales. Le Shom a réalisé des cartes électroniques de cabotage et de navigation hauturière en Méditerranée et de Dunkerque à Nantes. Un certain nombre de ports ont aussi été cartographiés : Brest, Lorient, Cherbourg, Dieppe, Marseille, Toulon…


Service sédimentologie

Gros plan sur le fond des océans
Il réalise notamment des cartes G qui permettent aux marins-pêcheurs de connaître la nature des fonds.

Les documents du Shom s’appuient parfois sur des données centenaires. C’est notamment le cas des cartes G, c’est-à-dire des cartes de sédiments. « Certaines sont réalisées à partir de relevés de plomb suiffé du début du siècle dernier. Le suif permettait de prélever des sédiments pour ensuite les qualifier. Cette méthode n’est plus du tout utilisée aujourd’hui », précise Thierry Garlan, responsable du service sédimentologie. Désormais, ce département recourt au sonar latéral, au prélèvement avec des bennes, au carottage, au sondeur de sédiments, aux caméras marines… Toutes ces techniques permettent de délimiter avec précision les zones de roches, les champs de dunes, les champs de mégarides (petites dunes de 10 cm de haut), les pockmarks (cratères liés à l’évacuation du gaz)...
Les cartes G sont utilisées par les militaires et surtout par les marins-pêcheurs. « Pour ces derniers, la nature du fond est très importante : ils trouveront plutôt des soles sur du sable, des langoustines sur de la vase, des homards sur des roches… La nature du sol détermine aussi le type d’engins utilisés », explique Thierry Garlan. En 11 années d’existence, le service sédimentologie a réalisé 18 cartes au 50 000e qui couvrent quatre principales zones : de Calais à Dieppe, du Cap d’Antifer à Cherbourg, de Ouessant à la Baie de Quiberon et de La Rochelle à l’embouchure de la Gironde. Actuellement, le service travaille sur les îles anglo-normandes.
En parallèle, il mène des études sur le déplacement des dunes de sable, « un réel problème de sécurité maritime dans certaines zones comme le Pas-de-Calais, le Cotentin, la Gironde…, assure Thierry Garlan. Certaines dunes peuvent mesurer plus de 20 m de haut et se déplacer de 20 m par an. » De nombreux pays planchent sur ces déplacements et essayent de les modéliser. « On avance à petits pas. Un colloque organisé en avril prochain aux Pays-Bas permettra de mettre nos travaux en commun. » Le service s’intéresse aussi de près aux barres sableuses situées près des plages qui constituent un danger pour les baigneurs et un obstacle pour d’éventuelles opérations de débarquement de forces.


Service géodésie

La tour de contrôle du Shom
Ce service centralise, calcule et qualifie de très nombreuses données : altitude et profondeur des océans, hauteurs des marées, courants, balises, épaves…

Chaque jour, le service de géodésie-géophysique reçoit des centaines de données qu’il valide, compile et transmet aux cartographes. Ces informations proviennent de multiples sources : missions hydro-océaniques des bâtiments de la Marine nationale, service des Phares et balises, Ifremer, services hydrographiques étrangers, universités, directions départementales de l’équipement, capitaineries… « Les plaisanciers, les navires marchands et les marins-pêcheurs nous indiquent aussi les avaries de feux, la présence d’épaves ou de hauts-fonds susceptibles de constituer un danger pour la navigation », complète Jean-Luc Deniel, responsable du service géodésie-géophysique qui compte 45 personnes.
Le Shom a, par ailleurs, installé le long des côtes françaises une vingtaine de marégraphes, appareils à enregistrement numérique qui mesurent le niveau de la mer avec une précision de l’ordre d’un centimètre. Les ingénieurs de l’Epshom interrogent à distance ces marégraphes et peuvent ainsi établir des prévisions de marées qui sont publiées dans des almanachs et journaux et diffusés à la radio et télévision. Ce Réseau d’observatoires du niveau des mers (Ronim) profite aussi à de très nombreux organismes de recherche : Météo France s’en sert notamment pour affiner son système de prévision des inondations et des tempêtes.
« Outre la mesure des marées, nous calculons grâce à des satellites le niveau moyen océanique, autrement dit l’altitude théorique des océans aux plus basses mers », indique Jean-Luc Deniel. Le Shom se sert de ces données pour calculer la bathymétrie, mesure de la profondeur des océans. Enfin, il effectue des mesures de gravité. Toutes ces informations nautiques intéressent fortement les scientifiques: elles leur permettent de déterminer si le niveau des océans augmente véritablement ou si la terre s’affaisse. « On a ainsi pu constater que la Bretagne monte et descend à chaque marée de 10 cm. A marée haute, le poids de la mer sur le plateau continental enfonce la région. Et quand la mer se retire, la Bretagne remonte », explique Jean-Luc Deniel.

Dossier réalisé par Adèle Morlet

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